dimanche 24 mars 2013

Cima Capullo : couloir Maribel (Pena Téléra)

Textes : Hydra
Photos : Hydra
Secteur : Pena Telera (Pyrénées Espagnoles)
Activité : Alpinisme
Cotation : D+



Pena TELERA

Autopsie d'un but nommé Désir....


Il y a des fois où, à la lecture des prévisions météo (temps variable avec de faibles averses) et du BRA (risque 3) on se dit qu'on ferait mieux de rester chez soi.

Mais parfois, le manque de montagne et de glace, suffit à transformer un verre quasiment vide, en Château Margaux. Et du coup, cette "positive attitude" permet de transcender bien des obstacles, qui à un autre moment auraient été annonciateurs d'un but majeur.

Si la pluie battante, ne nous a pas gênée, outre mesure, dans la traversée des Landes, force est de constater, que les hallebardes reçues dans la Vallée d'Ossau, nous ont forcé à se poser beaucoup de questions. Mais pas assez toutefois pour nous forcer à faire demi-tour : les promesses de la magie du micro-climat Espagnol, étant les plus fortes....Jusqu'ici, ça va !

Néanmoins, la perspective de mettre les chaines dans la montée, ne nous emballent guère. Du coup, nous gardons les yeux rivés sur le thermomètre du tableau de bord. 7° aux Eaux Chaudes. Hum...ça risque d'être compliqué. 4° à Gabas. 1° à Artouste. Le suspenses est terrible.

Et surprise, un peu plus loin, ce n'est pas la neige, qui nous barre la route, mais une avalanche, entre le lac d'Artouste et, comble de l'ironie, la section des paravalanches. Il est 23H, il fait 0°, cette fois, dans mon fort intérieur, je pense que ça va être compliqué d'échapper au B4M (http://www.webmontagne.fr/but/Mes%20Buts....html)... C'était sans compter sur les forces du destin, à savoir les services de la DDE qui parviennent à dégager rapidement la coulée. Jusqu'ici, ça continue à aller !

Une fois arrivés au col du Pourtalet, nous sommes ébahis par les accumulations de neige le long de la route. 2m, 4m....jusqu'à 8m ! Complètement dingue! Mais, encore une fois, jusqu'ici, ça continue à passer. Autre signe que nous sommes bénis des Dieux : la neige tant redoutée, ne tombe juste qu'au niveau de la frontière, 10 mètres avant le passage de la douane ! Bye bye les joies du chainage !

Côté espagnol, les accumulations sont moins impressionnantes, mais du fait de la pluie, elles donnent l'impression de s'effondrer comme des châteaux de carte ! Bordel, il est où le micro-climat espagnol, tant espéré ?

Minute papillon ! Il est là ! A Piedrafita ! Une éclaircie, une étoile...que demande le peuple ?




Jonction du couloir Y et du Maribel : ça brasse toujours...

Comble du bol, les nuages se dissipent dans la nuit, et nous offrent un regel nocturne inespéré. Et c'est un soleil narquois qui nous accueille le samedi matin. Pour longtemps ?

Dans la marche, d'approche, la neige est présente dès le parking, mais toutefois, cela reste praticable sur la piste. En la quittant, ça commence à brasser jusqu'à mi-mollet. Mais comme nous suivons les traces des cordées plus matinales que nous, jusqu'ici, ça va. Quel con à dit qu'il fallait toujours partir les premiers ?



Au pied du couloir, la pente se redresse et ça brasse jusqu'aux genoux parfois. Cela devient une véritable épreuve de force ! Chaque pas consomme une énergie folle. Le soleil a disparu et les nuages donnent une belle ambiance Ben Nevis à la miss Téléra. Nous parvenons péniblement à la bifurcation entre le Maria José Aller et le Maribel. 2 cordées sont déjà engagées dans le premier et OUF ! une autre cordée a pris le chemin du Maribel, nous pouvons continuer, lâchement et éhontément, à suivre la trace.

La neige, absolument pas transformée, devient encore plus profonde sous la bifurcation entre le Maribel et le Y. Nous rattrapons la cordée triplement bénie des Madrilènes qui sont complètement épuisés. Arrêtés à 100 m sous la cascade, nous faisons un conseil de guerre. Il est 10H20, devons nous faire demi-tour ? Les avis sont partagés. On parvient toutefois à un consensus : on passe la cascade histoire de ne pas être venus pour rien, puis on rebrousse chemin.

Il nous faudra 3/4 d'heure pour faire ces 100m. Nos 2 cordées (en flèche) s'équipent acrobatiquement. Bertrand attaque la cascade. Le ressaut est peu fourni. Au lieu des 5m à 70°, il y a un mur de glace vertical de 4m. Sur la gauche, il est formé de draperies de stalactites. Sur sa droite, une glace peu épaisse, froide et cassante. Bertrand passe brillamment l’obstacle. Manu, leader de notre seconde cordée, le suit peu de temps après.

Et là, stupeur, plutôt que de nous laisser terminer notre longueur, le leader Espagnol, attaque à son tour. Usé par la marche d'approche, il a beaucoup plus de mal. Il chute à hauteur de notre broche, et coup de bol, son piolet d'accroche dans notre dégaine, ce qui lui évite de chuter plus bas !

Là, cette fois ça s'annonce vraiment mal ! Mais non, encore une fois, malgré les difficultés, la chance nous sourit. L'Espagnol se relève, fait une pause pour reprendre ses esprits et parvient péniblement à franchir l'obstacle. Au niveau de la cascade, avec les 3 cordées, cela fait un joli méli-mélo !

Plutôt que de laisser le second Espagnol clarifier la situation, nous attaquons, à notre tour l'obstacle, après quasiment une heure d'attente dans le froid. Florence se lance à l'assaut. C'est difficile mais elle parvient à passer. A mon tour.




Premier ressaut : la cascade

Je suis impatient de faire chanter les Quarks après une année de disette. Je suis motivé comme pas deux. Mais dès les premiers pas, je sens que les sensations sont mauvaises, au vue de la qualité de la glace au pied de la cascade, car elle est ultra froide et cassante. Au niveau du ressaut vertical, c'est une horreur : le placage est très mince sur la droite, et il n'y a pas de pied à gauche. Je bataille comme je peux.  Je parviens au niveau du point, qui présente un aspect peu académique : une broche, une dégaine OK. Une autre dégaine et une sangle pourquoi pas, une autre broche, SIC ! Le point étant sur ma main gauche, il faut que je transfère mes appuis sur le piolet droit. A cause d'une bonne onglet, je n'arrive pas à trouver de bon ancrage. La glace explose, les pieds ripent. Il faut que je souffle.

Le second Espagnol en profite pour passer. Je retrouve mes doigts et repars une nouvelle fois. Ca va un peu mieux. Petit à petit, je récupère le matériel. Étant épuisé je fais une nouvelle pause et lance le baroud final. Ca passe de façon peu académique !





Laurent et Elvir m'emboitent le pas et passent eux aussi l'obstacle. Avec quelques gouttes de sang pour Elvir qui fait brillamment son baptême en alpinisme !

L'heure n'est pas à la fête et le temps semble suspendu. Au lieu de faire demi-tour comme prévu, nous continuons. Pour le fun ? Arrive le second ressaut. De loin ça n'a pas l'air compliqué. Une fois dedans, c'est l'horreur. Le rocher est tapissé de glace. Coup de chapeau aux ouvreurs.



On parvient à une nouvelle bifurcation du couloir. Nouveau conseil de guerre. Relecture des topos. Il nous reste encore 2 petits ressauts, plus deux passages en 4 et 5.
Cette fois, c'est bon, on a eu notre compte. En l'espace de 2 rappels nous redescendons les difficultés. Petite pause dés-équipement. Puis c'est le défouloir dans la descente. La poudreuse porte merveilleusement notre descente en ramasse, qui est un pur moment de bonheur.



L'honneur est sauf ! Mais, là aujourd'hui, le Château Margaux a vraiment le goût de la piquette ...

Couloir Maria José Aller






1 commentaire:

François Colas a dit…

Une renaissance du blog des Chamoisards?
Hydra, j'espère que depuis tu t'es remis de tes émotions!