mercredi 14 mai 2008

Le Rocher Blanc : un classique belledonnien

Petit et Grand Badon, satellites du Rocher Blanc

4H40,dimanche, Visse passe prendre le café chez moi et une fois les réglages des skis bouclés, nous décidons de partir vers un objectif dont on parlait il y a déjà quelques temps : le Rocher Blanc, grand sommet belledonnien, culminant à 2928m. C'est une montagne qui faisait partie de mes listes de classiques à cocher, et pour Visse c'était un vieux rêve à ski, surtout quand il le voit si bien depuis Lyon.

Classique mais pas de tout repos quand même, car la rando, certes assez facile, fait quand même plus de 1850m de dénivelée (sans parler des km), il faut une assez bonne forme pour aller jusqu'au bout. Surtout que là, on est en conditions de printemps qui commence à être un peu avancées, et portant les skis dans la dense forêt belledonnienne, c'est seulement à 1700m, soit une heure et demi après le départ (à 1000m) que nous pouvons chausser les skis.

Les parois puissantes du petit Badon nous dominent avec orgueil :


L'accès classique au Rocher Blanc se fait par une grand combe, qui porte un beau nom, la Combe Madame. En forme de virgule, elle est creusée comme un U glaciaire jusqu'à ce qu'elle s'élargisse vers les hauteurs du Rocher Blanc, en un amphitéâtre d'altitude peu prononcé, portant un petit glacier, le reste étant des vallonnements péri-glaciaires.

Le refuge de Combe Madame, dans l'ombre d'un site assez exposé lors des grandes avalanches des offensives hivernales, est fermé. Fort parfum de printemps où la neige relève plutôt de névés entrecoupés de landes à crocus. Le torrent bouillonne déjà fort, c'est l'un des grands attraits de Belledonne.


Après avoir chaussé les skis et mis les couteaux, on avale très vite le premier verrou qui s'avère assez gentil. On arrive dans une belle cuvette, baignée d'une lumière déjà puissante, surmontée au fond par le Col de la Croix que nous avons descendu avec Visse l'année dernière, et la Crête de la Marmottane dont nous avions fait le tour à cette occasion :


Le second verrou est encore plus facile que le premier, et on fête les 1000m de dénivelée achevés, car nous sommes à 2000m, et nous voyons en face, au-dessus de l'auge glaciaire "parfaite" de la Combe Madame, la crête à peine enneigée du Grand Rocher, et derrière la barrière orientale de la Chartreuse :


Allez c'est parti pour les 900m restant, sur une section de la Combe Madame que nous avions visitée l'année dernière, venant d'en haut. Cette section est assez agréable à l'ombre :


Derrière nous, au Nord, les belles pentes du passage de Clarant et derrière, l'allure un peu striée, notre cher Rocher d'Arguille, avec sa belle crête blanche sommitale.


La marche est très progressive et c'est un peu à une introspection montagnarde qu'on est invité, parlant avec un calme mesuré, une certaine idée de la sérénité. Devant nous à gauche, le col de Combe Madame et à droite derrière les contreforts que l'on voit là, se trouve le large cirque du Rocher Blanc :


Une certaine idée de la distance...Nous voyons un gars qui descend déjà (probablement pour être à midi en famille devant un bon roastbeef), et un gars derrière en solo qui a une bonne patate.


Voilà que le gars nous dépasse, dans la belle pente d'accès au cirque du Rocher Blanc, magnifiée par le spectre lumineux de l'astre solaire, découpée par les crêtes escarpées de la Marmottane:


Alors que le ciel commence à s'imprégner de quelques cotons annoncés gaiement par Météo France, nous entrons dans le cirque du Rocher Blanc, avec ses pentes assez débonnaires, surtout à cette saison :


Jolis vallonnements que voilà, dans un ciel moutonné, donnant une ambiance de fond aquatique. Le sommet du Rocher Blanc est cette bosse blanche tout à fond, au centre:


Suivant quelques traces raquettiennes, nous suivons les vallonnements qui s'enchainent paisiblement avec élégance...


Derrière nous, Rocher et Bec d'Arguille...Et en face, la puissante Aiguille de Marcieu, dernier sommet des Aiguilles de l'Argentière dont on voit la brèche homonyme à sa gauche.


On cuit déjà un peu au soleil, qu'un petit vent frai du S se ballade et que l'ambiance voilée limite l'humidification de la neige :


Les vallonnements nous mènent au petit glacier du Rocher Blanc, à 2700m d'altitude environ, ces pentes plissottées par la fonte nivale qui s'organise. A notre droite, le Rocher Badon qui nous dominait tout à l'heure, en bas de la combe.


Nous arrivons rapidement sur les pentes sommitales, vers une petite selle, d'où l'on domine nettement le paysage, et le sommet est juste à côté :


Visse, souffrant un peu des chaussures, termine courageusement les 1850m de dénivelée, dont 700 de portage, qu'il a dans les pattes ! :


Et voilà la belle cîme sommitale (pléonasme), perchée à 2900m au-dessus des lacs des Sept-Laux:


Visse achève la dernière pente :


Un plafond de brume froide (gel en suspension) se ballade juste au-dessus à 3000m environ et bouche les sommets lointains.
On domine (à gauche) le cône du Rocher Badon, le petit frère du Rocher Blanc et en face (à droite) l'Etendard est bouché mais les belles pentes des Aiguillettes de Vaujany, faîtes en mars, joliement éclairées :


Les deux protagonistes de cette belle rando, profitant de ces quelques moments d'altitude :


La descente malgré quelques tracas avec mes godasses (décidemment...) se fait rapidement dans une bonne transfo pour trouver une moquette géniale sur le glacier :


Sans parler d'une transfo encore meilleure dans les vallonnements, ce fut une partie de plaisir, malheureusement peut être une des dernières de l'année j'en ai bien peur :


Mais ne boudons pas un plaisir avec qu'on s'exclame dans les pentes, fendant les airs légers du printemps...Plus bas, nous voyons un superbe effet de nuées dans les puissantes Aiguilles de l'Argentière, finement cristallines :


La neige est toujours bonne, alors qu'on retrouve très rapidement le creux de la "virgule" de Combe Madame, dominée par le Bec d'Arguille:


Plus bas, la neige, névéisée, est un peu plus lourde mais ça reste bien skiable, quoiqu'assez crade, ces vieilles coulées brassant le peu de sols consolidés qu'il existe dans Belledonne :


Nous prenons le pic-nic tranquillement au soleil devant le refuge de Combe Madame, d'où l'on entend quelques discrets sifflements de marmottes, très occasionnels, on n'est pas en Vanoise ou au pied des Aiguilles d'Arves!

Vous imaginez la suite, une assez longue descente en portage, sur un sentier à l'allure bien estivale, maltraitant un peu nos godasses de skis mais heureusement pas trop caillouteux!

Notre belle rando se finit par des petites boissons sur la Place Saint Léger à Chambé, en compagnie de Nico Annapurna, avant que l'orage n'arrive!!

Ha que de bons souvenirs de skis (c'est précieux car finalement c'est si court!!) et bravo à Visse pour avoir réaliser une rando qu'il avait à coeur!

Texte et photos Nico Strider

mardi 13 mai 2008

Le 26 avril 2008 : en route pour l'Arbizon !

Textes : HYDRA

Photos : Hydra et karine

Gilles, Pastriste, Karine et Hydra à l'Arbizon dans les Pyrénées

En ce dernier WE d’Avril, les chamoisards des Pyrénées, frétillent d’impatience. Après plusieurs mois de disette, les beaux jours favorables à la pratique de l’alpinisme semblent enfin de retour !

Cependant, rien n’est simple ! Pastriste depuis quelques mois rêve du Val d’Arran et du couloir de la Forcanada. Nous aurions du y aller le WE précédent, si les conditions avaient été au RDV. Seulement, les dernières chutes de neige très abondantes compliquent les choses.

De plus, je dois être rentré tôt dimanche soir pour amener mon père à l’aéroport. De ce fait, le choix de la Forcanada ne me paraît pas opportun : l’éloignement, les risques de brasser énormément sur un sommet frontalier, les risques associés d’avalanche m’incitent à opter pour un sommet plus proche, moins enneigé.

Depuis plusieurs années, le sommet de l’Arbizon avait attiré mon attention. A ne pas confondre avec l’Albarron, en Maurienne, l’Arbizon est un sommet qui vit dans l’ombre du Pic de Midi de Bigorre. Comme son illustre voisin, il est au avant poste dans le piémont pyrénéen, et il marque l’entrée dans la vallée d’Aure, comme un phare invisible cependant, car il est également caché aux yeux des curieux depuis l’entrée encaissée de cette vallée.

En cherchant des topos sur le net, je suis tombé sur le site très célèbres de Charles de C2C.
Sur son site, je découvre que l’Arbizon présente un grand intérêt au niveau de l’alpinisme.
En effet, le cadre montagnard a l’air superbe et les itinéraires possibles sont nombreux :

- le couloir Billon en face EST (PD+) retient avant tout mon attention, car il semble idéal pour reprendre l’alpinisme en début de saison, surtout si Karine est présente.
- La Face Nord est d’un niveau supérieur (AD+) et semble plus difficile
- Enfin le couloir nord, également en face nord, est un beau couloir en (AD-).

D’entrée, j’opte pour le couloir Billon. Plus proche du parking, moins long (300 mètres de difficultés uniquement), moins technique, il est plus séduisant que ses compères de la face nord.

Reste le plus difficile : convaincre Pastriste d’aller l’Arbizon, alors que celui-ci brûle des cierges à la Sainte Vierge depuis des lustres afin d’aller à la Forcanada !!!!!

Je passerai vite sur les nombreuses discussions avec Pastriste et Gilles le vendredi 25 avril, mais bon, je réussi tout de même à avoir gain de cause ! Cela me fera un cadeau d’anniversaire, prévu pour le lendemain….


Le samedi 26, jour J du départ pour l’Arbizon. Encore faut-il attendre Karine qui arrive de Bordeaux, avec sa ponctualité légendaire….Et hop ! En voiture, c’est le grand départ.
Après une pause shopping à Sport 2000 de Lons, les Pyrénées défilent sous nos yeux d’ouest en est….le Pic d’Anie, le Pic du Midi d’Ossau, le Grand Gabizos, le Pic de Midi de Bigorre.

La route devient vraiment montagneuse entre Lourdes et Bagnère de Bigorre, mais elle vaut le détour par rapport à l’autoroute. En effet elle longe la face nord du Pic de Midi de Bigorre, somment incontournable du secteur. Très en amont de la chaîne pyrénéenne, c’est un belvédère incontournable, surtout depuis que les Hommes y ont installé un observatoire astronomique. Ce seigneur de Bigorre offre des couloirs d’envergure, de plus de 1000 mètres de dénivelés….Ce sera pour une prochaine fois !




Après Bagnères, on traverse Campan, puis Sainte Marie de Campan. Ce petit village, composé de quelques bâtisses à l’architecture locale, est un haut lieu du cyclisme et surtout du Tour de France. En effet, il est à l’intersection des routes menant au col d’Aspin et au Tourmalet. Je reste rêveur un instant en pensant au nombre de boyaux qui ont du passer par ce chemin…

Mais bon, il faut avancer, nous sommes déjà bien en retard, en route pour le col d’Aspin. A Payolle, on tourne à droite, direction la hourquette d’Ancizan. On traverse quelques plateaux bucolique puis c’est le choc : l’Arbizon apparaît enfin !




Drôle de bestiau cet Arbizon ! Il domine tout ce petit coin perdu du piémont. Cette face nord semble bien raide !

Très vite on rejoint Gilles et Pastriste. Cela faisait un moment, que l’on ne s’était pas vu… depuis un certain but au Swan en fait....

Echange d’embrassades, puis c’est le choc ! Pastriste veut faire autre chose que le couloir Billon en face Nord / Est : il veut s’attaquer au couloir nord en face nord : plus loin, plus long, plus difficile. J’ai beau trouvé des arguments, le catalan est têtu…je maugrée mais on part quand même.



La marche d’approche est un long chemin à flanc de coteaux. On gagne peu de dénivelés. Enfin on arrive, après quelques hésitations, au lac tant attendu. C’est superbe. La face nord de l’Arbizon forme un cirque majestueux, comme celui de la Munia. Nous sommes seuls. Vraiment seuls ? Pas vraiment, un Isard nous surveille. C’est un cadeau des Pyrénéés le jour de mon anniversaire, car en effet, jusqu’à maintenant, je n’en avais jamais vu. Merci encore.



Autre bonne surprise, il y a derrière le lac, une petite cabane toute neuve. Cependant, notre joie sera de courte durée, car cette dernière se révèle bien cadenassée. Très vite j’installe la tente du bivouac tandis que Gilles et Pastriste partent en repérage et faire un bout de trace.



A leur retour, c’est la danse des réchauds. Le froid est mordant et on se couche sans tarder.



La suite….avec Pastriste !

lundi 12 mai 2008

Grande Diagonale à la Peña Telera le 3 mai 2008

Textes : Hydra

Photos : Hydra

Hydra & Karine à La Peña Telera en Espagne.



La Peña Téléra est située en Espagne, de l'autre côté de la Vallée d'Ossau.


J'étais très impatient d'y retourner depuis ma dernière sortie avec le CAF de Bordeaux l'année précédente à la même époque de l'année, tant j'avais trouvé le cadre superbe.


Mon frère et Pastriste n'ayant pas pu venir au dernier moment, je me retrouve donc seul avec Karine.

Nous sommes en forme grâce à notre sortie du week end dernier à l'Arbizon avec Gilles et Pastriste, et le temps est au beau fixe, que demandez de plus ? Ah oui, une bonne nuit de sommeil....



Nous partons de bon matin, après une nuit courte peuplée de cauchemars provoqués par les gémissements plaintifs de canidés non identifiés...des loups dans ce coin ?

Après quelques minutes, l'orient s'embrase et illumine le sommet convoité.




Suivent quelques alpages gras et charmeurs. Nous voyons enfin le pied du couloir, juste à droite d'une paroi impressionnante, avis aux lézards des falaises et autres geckos...





Dans le cône de déjection du couloir, je constate avec plaisir qu'une cordée nous précède, ce qui nous garantirait, en théorie, la joie de bénéficier d'un chemin tout tracé...





Enfin dans le couloir ! Mais très vite, nous croisons la cordée précédente. Ce sont deux Espagnols qui font demi-tour : ils sont effrayés par les petites pierres qui degoulinent dans le couloir. Minute de perplexité. J'observe les parois : elles ne sont pas trop plâtrées et les pierres qui dégringolent ressemblent plus à des compagnes de ricochet qu'à des pavés dignes de 1968.

Nous décidons de continuer...









Le couloir est bien enneigé. Si au début les 2 Espagnols ont fait une bonne trace, désormais, il faut compter uniquement sur nous mêmes et faire ses propres marches. Je constate avec plaisir que le premier ressaut est entièrement en neige, ce qui nous fait gagner beaucoup de temps.


Tout à coup, depuis les pentes de neiges ensoleillées, partent deux petites coulées, quelques mètres en dessous de nous...





Cependant, nous ne pouvons plus faire demi-tour. De temps en temps, de petites purges ont lieu dans le couloir, et nous recevons de petites pierres inoffensives, grâce à Dieu.



Nous arrivons au crux de la course, qui marque la moitié du couloir. C'est un ressaut en mixte, que l'on peut contourner par la droite. Il est équipé en théorie d'une corde fixe.



Ce second ressaut est tapissé de stalactiques qui surplombent le couloir. Je vois difficilement avec la buée et range rapidement mes lunettes dans ma veste, pour mieux oberver le ressaut...OUF ! la corde fixe est toujours là !



Je place quelques dégaines et me lance dans l'escalade. C'est du II ou III tout au plus sur 2 à 3 mètres de hauteur....une rigolade en tant normal. Mais avec le sac, les gants, la neige et le piolet, c'est une autre histoire...



Je me hisse difficilement. J'ai du mal à trouver une bonne prise pour mon crampon gauche. Je parviens à le coincer sous mon pied droit...équilibre précaire....ma seule issue, mon piolet car je n'ai plus rien pour les mains.



Tentative de dry tooling puis enfin une bonne accroche dans la glace. Je transfère doucement mon poids vers le haut, ça tient !. La pente est raide au dessus de ce ressaut et la glace bien présente. Je fais quelques mètres et bricole un relais pour protéger Karine. Et merde, en me penchant, je fais tomber mes lunettes...Karine les voit passer sans rien pouvoir faire et elles dévalent tout le couloir.




Une fois passé ce ressaut, les purges diminuent. Toutefois, je reste concentré car nous attend le passage le plus dangereux du couloir, à savoir une traversée sur des pentes exposées au soleil depuis le matin.


Heureusement, la neige tient bien. Je pose quelques friends et trouve avec plaisir une lunule équipée d'une cordelette, puis un bon piton. La traversée en est ainsi bien sécurisée.


Je regarde avec sourire la fin du couloir. Il reste quelques mètres au soleil. Deux sangles me permettent de nous tirer d'affaire.






La vue est plongeante et le spectacle sublime...






Moment de joie à la sortie du couloir. Karine arrive ravie mais fatiguée. Nous en profitons pour nous reposer et casser enfin la croûte.








Mais nous ne sommes pas encore au sommet !


Quelques gradins et pentes de neige restent à conquérir !





L'arête facile nous offre de jolies perspectives vers l'Est.





Enfin l'OSSAU, je suis au sommet ! La vue plein nord nous régale avec l'Ossau, le Pic d'Ariel, le Palas et le Balaitous. Plus à l'Est, le Vignemale et Gavarnie.






Au sud, ce sont des vallées arides et déjà la fin des Pyrénées.






Karine me rejoint très vite. Nous restons peu de temps ensemble au somment car il nous faut désormais penser à la descente.






La descente de la Telera n'est pas simple. Plusieurs solutions s'offre à nous : la voie normale est exposée car elle empreinte des champs de neige surchauffés par le soleil et surplombant des parois abruptes. Après on peut descendre par plusieurs couloirs via des rappels : couloir en Y et couloir en Z.




Machinalement, j'opte pour les couloirs. Mais il faut déjà y parvenir. Direction plein Ouest.

La descente est laborieuse dans une neige bien profonde. Ca brasse terriblement. Je fais un détour par le sud ouest et navigue entre les barres rocheuses.



Karine, qui m'a prêté gentillement ses lunettes pour que je puisse bien faire la trace souffre du soleil. Enfin des traces. Je souffle un peu. Je suis inquiet. Pastriste et Cyril n'ayant pu nous rejoindre, nous ne possèdons que 50 m de corde, seront-ils suffisants pour passer les rappels ?


Quelques mètres plus bas, j'entends des cris. Hallucinations ? Non, non, ce sont deux alpinistes qui nous suivent le train. Ils sont passés plus au nord que nous et sont désorientés entre les barres. Je leur fait signe de passer plus au sud.



Je reconnais enfin les lieux : nous sommes en haut d'un couloir de descente, le couloir en Y. Je décide d'attendre les deux autres alpinistes de tout à l'heure. C'est un couple de Catalans : Marta et Joan. Ils acceptent avec bonheur de partager les rappels avec nous, ce qui semble les soulager également. En effet, Joan est déjà venu il y a une dizaine d'année dans le coin mais était redescendu par le couloir en Z. Le Z est encore plus loin, encore plus à l'Ouest. Moments de flottements, le Z ou le Y, le choix n'est pas facile ? Vu d'où nous sommes, l'Y n'est pas engageant car les premiers points sont placés en contrebas et sa raideur est effrayante, mais au moins je le connais. Le Z est éloigné, mais plus court et facile.



Finalement, c'est Marta qui tranche, et on se prépare pour l'Y. Nous répétons les mêmes gestes que l'an passé. Moins passif, il faut organiser la manoeuvre. Descendre Joan pour qu'il atteigne les points placés en contrebas. Puis Marta et Karine filent le long du rappel installé par Joan. Je rejoinds ensuite délicatement Joan.



Je descends à mon tour et constate avec plaisir que Marta a trouvé d'autres points pour faire le second rappel, que je ne connaissais pas. Ils sont dans une petite grotte, une vraie plate forme trois étoiles. Que du bonheur !





Les très sympathiques Marta & Joan.




Après le second rappel, la descente est plus facile et la pente moins raide.


La neige, très bonne, pour descendre, nous permet de battre des records de vitesse.






La vue au nord est toujours superbe !






En descendant, on découvre les autres branches de l'Y.







On s'essaie aussi à des pratiques peu académiques mais rudement efficaces.





Quel plaisir d'en terminer !


Puis à droite surprise ! le couloir de ce matin !


Bon Dieu, que c'est raide vu d'ici, Karine n'en revient pas...







Les dernières pentes de neige...un pur plaisir.







Les providentiels Marta & Joan lors de la pause deséquipement.





Joan et Marta ont bien vu mes lunettes, tout en bas du couloir... Elles ont du glisser sur près de 250 mètres ! Par contre, ils ne les ont pas récupérées, par peur, apparemment de recevoir d'autres trucs sur la tête !






La jolie cabane de la Peña Telera.....




....une mauvaise idée pour bivouaquer !





Le plaisir des alpages à dimension enfin humaine, des fleurs, des ruisseaux....le bonheur.





Le charme inégalable de la Téléra....en résumé !!!











A l'année prochaine, car jamais deux sans trois !


Peut être avec Pastriste cette fois-ci !

jeudi 8 mai 2008

Une Brèche au coeur du sanctuaire des Aiguilles de l'Argentière

Doux lever de soleil aux allures d'un bon petit rosé de Provence sur la Dent de Cos, la toute première des Aiguilles de l'Argentière, situées bien loin de la fantaisie provençale, dans la froide dureté cristalline de la Chaîne de Belledonne.

Pierre et moi partons vers un coin pour lequel j'ai une grosse affection, cf les précédents articles du blog dans le secteur. L'idée du jour est de traverser une brèche au coeur du sanctuaire, la Brèche du Chien, qui culmine vers les 2700m, sous l'Aiguille d'Olle, sur une crête de gneiss amphibolitique assez escarpée par endroit, entre le glacier de l'Argentière (le second glacier belledonnien en taille) et le névé de la combe de l'Aiguille d'Olle.


La pente d'accès à la combe de la Croix est encore plus ou moins enneigée, mal regelée, et cabossée par les vieilles purges printanières déjà bien décaillées. De quoi présager de la soupe à deux balles pour la descente. Commencent les petits tracas techniques de débuts de rando : tandis que je découvre une belle opportunité de cloque derrière le talon (ha les godasses de ski...sans commentaires...malgré tous nos efforts pour les améliorer) Pierre ne trouve pas ses lunettes de soleil. Le truc facheux qui peut arriver à tout le monde, mais en mai force est de reconnaître que l'insolation sur la neige est vraiment impitoyable.

Voici la dernière large pente avant d'entrer dans le "sanctuaire" :


Derrière nous, le col du Glandon, en cours de déneigement, puis la Croix de Fer et derrière, le tryptique des Aiguilles d'Arves:


Et voilà la combe adorée, au niveau du plan des Trois Eaux, dans un joli jeux de lumière :


Tandis que Pierre et moi se prêtons une paire de lunettes de temps en temps pour limiter le problème, ces ombres ondulantes sont les bienvenues.
Avec le recul, c'est un spectacle de voir diviser une combe divisée en deux en son talweg par la lumière, sorte de révélation géométrique :


Arrivé au fond du plan des Trois Eaux, nous voilà au pied de l'Aiguille Reynier, l'une des plus emblématiques Aiguilles du groupe :


Pierre semble perdu dans les champs de neige alors que la lumière est encore douce, mais suffisante pour faire décailler une neige qui a pourtant bien regelée à cette endroit :


Reste encore le verrou final avant d'entrer dans la combe supérieure où se trouve le glacier et la brèche de l'Argentière. Il est déjà bien réchauffé :


Nous voilà à 2400m sur la combe supérieure. A notre gauche, l'Aiguille d'Olle et son cirque. La brèche du Chien est dans ce cirque à droite, et vers le bas on voit les pentes de retour à la combe, plus soutenues :


Puis se révèle à gauche, les plus hautes Aiguilles de l'Argentière, notamment l'Aiguille Michel, au pied desquelles s'étend le glacier homonyme et au fond au centre la brèche homonyme, lieu que Visse reconnaîtra lors de sa traversée l'année dernière :


Pierre ayant trop de souci avec la question de lunette (qu'il va essayer de retrouver dans son sac) et n'étant pas en très bonne forme (vu son coucher tard) décide d'en rester là, à attendre le temps que je traverse la brèche.

Du coup je presse un peu le pas et je traverse la combe jusqu'au pied de la langue glaciaire (masquée sous la neige) que je remonte. Ambiance glaciaire sympa, alors qu'à ma gauche (photo) apparaît en contre-jour la fameuse brèche du Chien et à ma droite (photo) apparaît le col du Long de Rosnay, visité en avril 2007 avec Fred (cf article blog) :


L'ambiance, plein nord, y est haute montagne, pourtant à une altitude modeste. Une ambiance cristalline est saisissante, comme c'est le cas de cette aiguille contrefort de l'Aiguille Michel :


Après quelques petits dévers et arrivé à une zone de boulettes d'avalanches, je profite de ce terrain peu lisse pour déchausser mes skis, et mettre les crampons car la brèche impose un couloir de 30-50m à 35-40°, suivant enneigement, qui, généralement en neige dure (expo N), nécessite piolet et crampons. J'en profite pour prendre en photo la combe vu du glacier, avec la brèche et la crête de la Marmottane, et plus à l'Est, la cime de la Sambuis :


Sur une petite crête de neige avant le couloir, on peut admirer le Rocher d'Arguille (visité en mars 2007), et le Bec homonyme, tous deux à plus de 2800m:


Petit autoportrait devant la brèche de l'Argentière et Rocher Badon :



Et voilà la brèche et la fin de son couloir d'accès :


En montant, belle vue sur le glacier et les Aiguilles Michel et de Marcieu:


Et me voilà en haut de la brèche, retrouvant la lumière! Belle vue sur le couloir d'accès en contrebas:


Je rencontre un gars à l'accent bien savoyard qui est monté seul par le col de la Combe, juste en face de la Brèche.
Dans la lumière, nous voyons les puissants contreforts de l'Aiguille d'Olle, avec son névé-glacier au pied :


La Brèche du Chien, bien taillée dans les gneiss très compacts des Aiguilles d'Argentière permet de passer dans le cirque de l'Aiguille d'Olle, où se trouve, en face(photo de droite), le Col de la Combe et l'Aiguille homonyme, dominant la flèche de l'Aiguille Reynier.


Le tout a un aspect de flèches de cathédrales gothiques, bien architecturées, aérées de belles pentes de neige lumineuses et spatieuses : d'où cette notion de "sanctuaire".

Je chausse les skis pour descendre dans une transfo bien lourde pour vite retrouver une neige plus dure au creux du cirque, d'où la vue est sympa:


100m plus loin, me voici, sans remonter au Col de la Combe, très lumineux et un peu plus escarpé de l'autre côté :


Et voilà en recul la traversée entre la Brèche du Chien au fond et le Col de la Combe :


Je mange deux ou trois barres puis je file en descente dans le cirque pour rejoindre en bas la combe supérieure de la Croix. La descente se fait par des pentes bien rondes, en neige dure :


Vers le bas, alors que je vois Pierre dans la combe sur une moraine, ça se complique un peu. La pente est un peu plus raide (35°-40° au plus, mais court) mais c'est pas tellement le problème, avant tout celui de la dureté assez importante de cette neige exposée nord. Obligation de serrer les virages pour maîtriser les prises de vitesse!!


Entre temps Pierre avait retrouvé ses lunettes au fond de son sac, c'est souvent comme ça qu'on les retrouve. Nous perdons pas de temps pour descendre et avoir la meilleure neige, pas trop transfo. Mais en mai, tout transforme bien vite pour peu que ce soit bien exposé!!


On trouve vite une neige lourde dans le verrou au-dessus du plan des Troix Eaux, d'autant que le coin est encombrée de veilles coulées de purges :


On retrouve ensuite les grands espaces de la Combe de la Croix, baignée d'UV où ça flaire bon les palmes et le tuba!!


Le retour sera tranquille avec un bien agréable pic-nic dans la vallée...Merci à Pierre d'être venu pour cette belle rando!

Texte et photos Nico Strider,

mardi 6 mai 2008

Raid à ski en Vanoise (2) : le Dôme de Polset

6h du matin en direction du Col du Souffre, à l'aube. Après les quelques problèmes techniques du départ, notamment la pliure de ma chaussure qui me fait très mal, certainement autant mal que le font les cloques pour Patrick, nous traversons les grandes pentes en dévers pour ne pas perdre trop d'altitude en direction du verrou d'accès au Col du Souffre. L'objectif du jour, prévu comme le point culminant de ce raid en Vanoise, est le Dôme de Polset.

Alors que nous mettons les couteaux pour attaquer les dévers du verrou, l'aurore point au-dessus des Dômes de la Vanoise :


Déjà le soleil attaque les pentes d'altitude du massif de Péclet, culminant à plus de 3500m.


La pente du verrou est à 25-30° , et reste assez large, dédoublée sur le haut et on l'a remontée sans soucis. Les grandes pentes alentours se creusent, l'espace prend en profondeur:


Vers le haut du verrou, nous arrivons à hauteur de la base de la branche Est du glacier de Gebroulaz, un des plus grands glaciers de Vanoise et l'un des plus beaux. Le Dôme de Polset est au fond :


Patrick semble perdu dans toutes ces grandes pentes blanches où la lumière est encore douce


Le soleil est maintenant au-delà des dômes de la Vanoise, irradiant les neiges regelées du replat sous le col du Souffre:


On est alors au pied d'une puissante barre de quartzite, assez compacte, tandis que Patrick arrive sur le replat.


Il s'agit de prendre le vallonnement à gauche, laissant le col du Souffre à droite pour aller trouver une moraine, sur laquelle on voit Patrick (à droite) qui mène directement au glacier de Gébroulaz, juste sous la barre de Quartzite (à gauche) :



Et voilà la pente d'accès au glacier, qui est bien regelée et bien bouchée :


La lumière sur les grandes pentes Est est grandiose, et d'une douceur crème assez voluptueuse avec ces neiges encore pures :


Patrick semble perdu sous ces grandes escarpements de quartzites :


Et nous voilà sur le glacier, sur une pente ronde bien progressive, pénétrant dans le sanctuaire de la haute montagne :


Ambiance glaciaire assez féérique et larges pentes ornées des pics dentelées des contreforts du Dôme de Polset, comme des îlots de fières roches compactes:


La trace est très bonne et la progression est hautement agréable, alors que le paysage gagne en profondeur, l'altitude des 3000m étant bientôt atteinte:


Nous voyons les séracs présents entre chaque rives du glacier, eux-mêmes ornés de grands bouchons de neige :


Nous sommes absolument seuls sur le glacier. Je devance Patrick d'environ 100m, adaptant chacun notre rythme à l'altitude. On se surveille mutuellement. La pente ressemble alors à un vaste corridor ou encore un grand tapis blanc déroulé devant soi, rien que pour soi!


Un décor qui reste bien varié.A notre gauche, quelques identations de roches permo-houillères (sorte de gneiss carbonifères) et à notre droite, sous l'Aiguille de Peclet, les zones de séracs :


Nous voyons en contrebas, la grande langue du glacier donnant une idée de sa taille passée et récente, pour un glacier surveillé depuis plus d'un siècle :


La progression est toujours aussi tranquille, égrénée de quelques contrejours bien sympas :


Arrivé à un replat à 3300m avec une vue grandiose sur la Pointe de l'Echelle (à gauche), il s'agit de remonter les pentes supérieures (à droite), toujours aussi agréables, mais où l'altitude se fait déjà plus sentir:



A 3400m, me voilà devant la pente finale, avec des bonnes conversions bien tracées dans une neige moquette confortable :


Parfum de haute montagne... Belle crête de l'Aiguille de Polset, toute proche :


Et voilà la pente avalée, non loin du sommet!


Sommet que voici, très large et relativement confortable:


Nous sommes à 3504m d'altitude, dominant les chaînes frontalières en face et au loin les Alpes du Sud, dans une brume de beau temps assez opaque dans le lointain :


En face de nous, la massive et complexe Aiguille de Peclet, point culminant du massif de Gebroulaz :


Patrick arrive au sommet, alors que le vent du Sud se montre insistant et assez froid :


Votre Serviteur, emmitouflé dans sa veste de duvet, alors que Patrick fait le tour du panorama, comme à son habitude :


Panorama que voici, côté Ecrins, côté Pralognon, et côté Aussois :


Mais le plus beau reste la vue en contre-jour sur la Pointe de l'Echelle et le Mont Cenis dans le prolongement :


Après un bon picnic, il s'agit de redescendre, ben oui, faut bien...La neige en haut est une moquette très sympa. Nous décidons de prendre la rive du centre, évitant, par le creux de la pente, les zones de séracs.


Le passage est assez évident et en bonne neige, le glacier étant en excellente condition, une vraie piste!!


Patrick se lache dans la moquette :


Les zones de séracs, assez proches, sont très esthétiques à contempler, avec ces glaces bleues luisantes:


Patrick, dominé par ce relief assez polaire :


Après une zone cartonnée peu agréable, nous trouvons vers 3000m, une zone de neige dure assez tranquille à skier vue la faible pente, l'occasion de schuss revigorants:


Schuss nécessaire, vu la faible pente du glacier vers le bas! La neige y devient de plus en plus transfo dans le vallon de Gebroulaz et c'est assez agréable.


Nous voilà très vite à 2500 dans les environs du refuge du Saut avec au fond la superbe Aiguille du Fruit:


Patrick, alias rambo-ski, attaque la transfo fraichement revenue!!


Après une petite pause, nous prenons un petit vallon insolite taillé dans les gypses, dans une neige déjà foutue, humide et pourrie par endroit:


Encore plus insolite, cette section ravagée les purges de neiges humides, les boules étaient suffisamment pourries pour être bien skiables:


Le vallon cède au replat de la cuvette du refuge du Saut, avec ses trois beaux chalets, tous fermés semble-t-il.


La boucle est bouclée!! C'est maintenant la grande zone du ski de fond dans le vallon du Merlet, pour un retour qui s'avérera bien agréable, entre les marmottes, les sapins et les crocus!!

Merci à Patrick pour sa gentillesse et sa motivation pour cette belle rand