La Meije. Que d'histoires entendues, que de légendes, que de ouï-dires sur l'extraordinaire beauté de cette montagne...! Vous en jugerez par vous-même, mais je n'ai pas été déçu. Mais pas du tout...!!!
Inquiets de la pénitence qui nous attend au cours de ces 1850 mètres de dénivelé qui nous conduisent au refuge situé à 3450m d'altitude, nous attaquons néanmoins dans la bonne humeur la montée par le glacier du Tabuchet que l'on voit ci-dessous, complètement en rive droite.
Très rapidement, nous arrivons dans ce qui sera notre programme, des pentes toujours soutenues entre 30 et 40°. En bas, c'est plutôt un magnifique toboggan de 300m à 40°, et il est bien gelé. Deux options : mettre les crampons ou monter à skis en serrant les fesses...! Agnès opte très rapidement pour la première alors que les mâles attendent encore un peu. Seulement, il se trouve que si c'est béton à ski et qu'il ne faut absolument pas s'en mettre une, à pied le poids plume qu'est Agnès passe à travers la croûte de regel, elle s'enfonce beaucoup. Alors nous, imaginez, ce n'est pas la peine, on garde nos skis, tant pis...! En fait il n'y a pas de bonne solution, faut juste passer, c'est tout.
Beaucoup (trop) de forces sont lâchées dans ces premiers 600 mètres de dénivelé quelle que soit la solution retenue, entre l'effort physique et la tension nerveuse inhérente. Mais déjà, l'ambiance est là !

Tout le monde s'en sort et nous arrivons sur le glacier du Tabuchet. Belle bête dira-t-on...





Voilà, nous y sommes enfin ! L'Aigle, un vieux rêve de gosse, je ne suis pas déçu. On se pose, on sirote un coup, on se fait dorer la pilule et tout va bien ma fois...
La cabane au fond du jardin, pour ne pas parodier Cabrel, et le refuge dont personne ne sait trop ce qui va lui arriver. Enfin si, on le sait, mais pas la date. Y a plus de sous madame la Marquise, alors laissez-nous nos quatre planches et tout ira pour le mieux, personne ne demande rien d'autre enfin...!!!

Malheureusement, le rêve va se transformer en cauchemard. Un premier coup de fil, ça sent mauvais, très mauvais. Un second après le repas, et nos derniers espoirs sont anéantis. Nous apprenons là-haut, dans ce paradis montagnard, le décès de Sofie, emportée par une avalanche dans la région du Viso. Nous sommes abasourdis. Pourquoi elle ? Pourquoi si jeune ? Comment c'est possible ? C'est un cauchemard, on va se réveiller ! Non, malheureusement, Sofie fut emportée par sa passion, notre passion. Le ciel s'assombrit.

La décision est prise unilatéralement (j'assume, désolé Patrick) de redescendre dès le lendemain matin aux voitures sans aller au sommet. Grimper là-haut n'a plus de sens, l'envie n'est plus là, il y a des priorités. C'est une partie de nous qui s'en est allée, un grand rayon de soleil, une joie de vivre tellement intense que simplement l'aperçevoir rendait heureux. Sofie est partie bien trop tôt, comme d'autres. Il n'y a pas de justice, mais la règle du jeu est écrite dès le début et là il n'y a pas de possibilité de tricher avec le destin. Ce que nous aimons tous en montagne, c'est la liberté que l'on y retrouve, liberté de choisir ses contraintes soi-même. Là-haut nous sommes tous égaux, dame nature ne sait pas reconnaître ses plus fervents amoureux. Hommage soit rendu à Sofie. Je n'ai rentré cette sortie que pour toi, mais le coeur n'y était pas tu sais...
La montagne ne bougera pas, nous reviendrons, ou peut-être pas d'ailleurs, je n'en sais rien. Une dernière photo de la Meije Orientale de bon matin et nous descendons.


Pour ne pas déroger à ma règle et parce que je le pense évidemment encore, je souligne une fois de plus que la montagne est belle, voire même sublime. Mais elle est parfois cruelle. Pourquoi ? Une question de plus sans réponse. On a vécu l'enfer au paradis, fait chier. Pas toi Sofie évidemment, mais ce putain de destin qui frappe aveuglément, comme un con, de manière irrationnelle. Ciao Sofie, tu es au pays des anges au milieu des étoiles, mais on pensera toujours bien à toi et on t'embrasse très fort...