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lundi 23 juin 2008

Le Couloir de la Table, à l'Aiguille du Tour

Le couloir de la Table, à l'Aiguille du Tour, est une classique élégante du massif du Mont Blanc, variée et généreuse sans être bien complexe. Visse et moi avions parlé de cette course déjà depuis quelques temps et le test belledonnien ayant été des plus concluants, le week end de l'été semblait l'opportunité idéale.

Samedi, vers 16h, nous partons du Tour, dans la prairie fleurie sous un relatif caniard. Nous avons décidé de faire de la montagne à l'ancienne, le massif du Mont Blanc version authentique, j'ai nommé la redoutable montée à Albert 1er par la moraine!!

Et ça monte très vite sec, après une apparition fugitive de chevreuils discrets dans les bois, sur un sentier sinueux, face aux Aiguilles Rouges, dominant le hameau:


La traversée qui suit à flanc est assez étroite et un peu aérienne par endroit, puis nous arrivons vers la dite moraine, juste sous les splendides séracs du Tour :


Cette montée, assez désespérante quand on a pas l'habitude (moi je suis rodé au bout de trois fois) nous introduit merveilleusement dans l'univers minéral de la haute montagne du Massif du Mont Blanc, si généreux.

Là c'est une magnifique composition naturelle du glacier du Tour, alias un sorbet de neige sablée au Sirocco avec des séracs bleus qui semblent presque mentholés :


Sous un petit vent frai et très pur, nous arrivons à la citadelle, le refuge Albert 1er, devant le seigneur des lieux, le Chardonnet :


Sur la photo là c'est le refuge d'hiver. Le gros du refuge se devine à sa gauche et c'est la forteresse d'altitude prêt pour accueillir 117 avaleurs des cîmes.

Evidemment le refuge est plein à craquer, ça parle toutes les langues mais l'ambiance reste sympa notamment grâce à une équipe de gardiennage assez dynamique. Coup de bol pour nous, la salle hors-sac est presque déserte!

Le soir c'est bien sur le rituel du coucher de soleil, tout à fait magnifique. Vos deux protagonistes posent devant le Chardonnet :


La lumière devient sublime et le Chardonnet vibre d'un brasier doux :


La Verte, élégante montagne, se pare d'un langoureux voile rose, propice au calme profond :


La nuit fut relativement bonne. On était pas trop serré dans les dortoirs et ça n'a pas été la fête de la musique version ronfleurs. Tant mieux, car il se faut lever plutôt bien en forme à 3h de mat. Un lever tôt, une manière d'anticiper la chaleur annoncée et le jour le plus long de l'année.

Dehors, baigne sur les landes nivéennes un magnifique clair de lune. Nous rejoignons vite le glacier pour sortir la corde, et entrer dans l'abside d'un cathédrale gothique géante. Les frontales sont à peine utiles dans cette lumière d'opale.

Nous atteignons assez rapidement le pied du couloir, à l'aube, encore lente et timide. C'est l'heure bleue...et le voile violacé sur l'Aiguille d'Argentière et l'Aiguille du Chardonnet :


Voilà le couloir, il est assez raide par endroit mais aussi assez court, encastré dans deux bastions de granit assez fracturés :


L'aube se profile sur le Mont Blanc et une rumeur rose fait descendre le voile bleu à l'horizon :


Nous montons assez efficacement dans le couloir qui est en assez bonne condition.

Alors que nous approchons de la moitié, un immense brasier rose vient illuminer d'un coup le Mont Blanc, l'Aiguille Verte, et le Chardonnet.

Le brasier descend à une vitesse fulgurante :


L'émerveillement de ce spectacle nous comble. Le bonheur est indicible.

Nous arrivons vite à la sortie du couloir qui est presque confortable, pourrait-on dire. Derrière nous la fameuse "Table" qui est visible de la vallée et qui a donné le nom au couloir :


Je sors mes sangles pour entamer l'arête. La progression entre des grands feuillets de granits imbriqués et des pentes mixtes encore enneigées, est ludique et assez esthétique. Ca c'est la croix de l'antécime visible depuis la vallée :


La vue vers la Suisse, vallée du Rhône gagnée bientôt par la lumière:


Le jour se fait de plus en plus radieux sur ce beau massif aux allures d'un cortège de cathédrales terrestres :


L'arête est encore plus belle que prévu et plus longue aussi, et c'est assez emballant, en témoigne ce joli passage :


Nous approchons du sommet, dans une arête qui s'aplanit mais qui devient encore plus étroite, obligeant à des traversées sur les gendarmes, toujours bien protégeables par de beaux becquets. Le granit, si franc, si adhérent, est superbe :


Et nous voilà au sommet, les premiers en haut ce jour -merci notre réveil tôt- face au Trient et au cirque de Saleina au fond :


En face, sa majesté la Verte, solidement architecturée, et pourtant si fine avec ses lignes de neiges fuyantes :


Les deux summiters perchés à 3542m :


Et bien sur le roi du massif, et des Alpes, le Mont Blanc, à la rondeur douce, avec les aiguilles sombres et tranchantes des Drus devant sur la photo :


En face de nous, assez aérien, le sommet N de l'Aiguille du Tour, bien individualisé :


Les cortèges sur la VN annoncent la couleur!! Outre une cordée très sympa qui nous rejoint par la même voie, arrive très vite les innombrables cordées montant par la VN, au point que ça bouchonne un peu dans les gros blocs de la descente!

Nous voilà au pied du bastion sommital, la rimaye passée :


Devant nous l'immence plateau du Trient, avec le Valais derrière (Grand Combin, Cervin, Dent Blanche, Weisshorn...) et à notre droite le rasoir très fin de l'Aiguille Purtscheller :


En voilà un bienheureux, sous le caniard estival ! :


En face de nous, la "séracante" face Nord de l'Aiguille d'Argentière, assez discrète à contempler:


Nous traversons le cirque vers le Col Supérieur du Tour, en un site assez esthétique, un vrai "pass" au sens germanique du terme :


Il s'agit de descendre la pente pas bien raide derrière pour retrouver le fil du glacier du Tour, sous l'autorité de ce puissant contrefort aux granits fauves :


Nous retrouvons ensuite les grandes espaces blancs :


Arrivant vite vers la fin du parcours glaciaire, ce contre jour sur l'Aiguille du Tour et la Table me saisit :


Il n'est qu'à peine 9h alors que nous venons de finir de traverser le glacier qu'on dirait déjà bien irradié d'UV:


Nous profitons au refuge d'un bon picnic confortable. Après c'est malheureusement le moment de descendre, conservant avec nous cette vision étonnante d'un Chardonnet bien blanc, au-delà de pentes de neiges sablées :


Nous décidons de prendre notre temps en descendant lentement le chemin de la moraine, parlant tranquillement de pleins de chose, laissant vivre les instants qui nous restent dans ce beau massif.

Que dire de cette sortie sinon qu'elle va imprimer des images fortes dans nos esprits, un sentiment d'émerveillement qui va nous apporter de la force au quotidien, celui d'avoir été là-haut, d'avoir vu le spectacle de la nature dans une de ses plus fortes expressions.

Texte et photos © Nicolas Strider,

dimanche 15 juin 2008

La trentaine en Haute-Maurienne, à la Roche Michel

Par Sylvain Visse,

Et me voilà de retour dans mes montagnes d'adoption, à savoir la Haute-Maurienne : je crois bien que j'en suis amoureux. Ça doit être ça le coup de foudre. Pour mes trente ans, comme pour tous mes anniversaires, je pars avec Patrice, guide de Bessans et néammoins ami.....bon, j'avoue, pour mes anniversaires, je me décarcasse pas trop : je me contente de suivre, le tout agrémenté de quelques sessions pédagogiques.

J'avais reluqué depuis déjà quelques temps un p'tit couloir sympa, à Roche Michel, un sommet du vallon du Ribon, que l'on voit furtivement juste avant d'arriver à Bessans. En fait, le parcours se divise en 2 couloirs : un premier couloir de 300m à 40° en versant N de la pointe des Fallets, puis le couloir de Roche Michel proprement dit, avoisinnant les 50° au plus raide.

Jeudi matin, c'est parti, on remonte le long vallon du Ribon et on comprend vite que l'on va passer la matinée à jouer à cache-cache avec le soleil : disons simplement qu'à 5h c'est nuées, brouillards et humidité. Le vent de N annoncé par météo France est inexistant, de même que le soit-disant regel à partir de 2400m. La météo, c'est décidément une science aussi exacte que l'astrologie (cf également Comberousse)


Toutefois, cette danse solaire avec les nuages nous offre quelques belles lumières embrumées :



La Charbonnel est encore bien prise:



A l'approche du premier couloir, le soleil nous irradie de bonheur:



Euhh, non, finalement, je ne suis plus très sur ! :



Tiens, une plaque de glace avec de la neige tout autour : ben tiens, on va passer par la glace !! Moments pédagogiques :



Une fois passé le premier couloir, il s'agit de garder la courbe de niveau pour accéder à Roche Michel, qui ferme le cirque. Dans le tiers inférieur du couloir :



Finalement, je me sens pas trop mal, car le couloir est finalement un poil moins raide que ma dernière sortie avec Strider à Comberousse. Par contre la neige lourde à brasser, combinée avec les périodes de brouillard provoquant une sensation de désorientation, et bien ça fatigue le bonhomme tout ça !!

Enfin, on arrive au sommet. Le secteur est encore bien meringué :



Euh, vous aurez remarqué mon joli casque, assorti à la piscine olympique (faudra voir à le prendre si je vais un jour à la piscine, je vais faire sensation)

La Charbonnel, tout de blanc vêtue, est bien timide aujourd'hui:



Finalement vient le moment de la descente, avec une partie effectuée sur les fesses : le principe est d'accumuler une masse de neige sous les fesses, de façon à créer une luge naturelle.....très impressionnant car cela provoque une mini coulée de fonte et finalement, une fois la glissade terminée, le manteau neigeux roule encore sous nos pas.......ça m'a valu un réflexe de frayeur qui m'a fait déguerpir façon gazelle, alors que ça ne risquait rien du tout en fait !!


On redescend par un petit vallon parrallèle à celui de montée. Un coin ultra sauvage dans ce secteur déjà très peu fréquenté de nature. Une petite barre rocheuse en barre l'accès, et avec la neige pourrie, le passage d'un système de vires penchées se révêle assez expo !!

Une fois en bas, la nature dévoile enfin l'intégralité de ses charmes (houuuuuuu)......l'ironie alpine s'est une fois de plus jouée de nous pauvres petits hommes contemplatifs, et contents tout court, car encore une fois, la montagne n'en est que plus magnifique quand elle tarde à se dévoiler. On languit, on languit, tel est le lot du montagneux !!

Du coup, des chalets de l'Arcelle, dans le Ribon, on distingue le premier couloir, des Fallets



Ainsi que la superbe et paraît-il jamais parcourue arête relant Roche Michel au Mont Tour:



Sûr qu'avec un cumulonimbus pareil au-dessus de la tête, c'est pas aujourd'hui qu'on va y mettre le nez.

Et enfin, l'intégralité de la montée :



En fait la vue est trompeuse, car les 2 couloirs sont apparemment alignés, mais Roche Michel est à 200 bons mètres en retrait derrière.

Voilà, pour amateur de coin très sauvage, de sommet peu fréquenté, et de pentes raides tout à fait abordables, c'est une course vivement conseillée, que l'on peut enchaîner par une traversée sur le Lamet et la Pointe Ronce (c'était vaguement notre objectif initial, mais plus que la météo incertaine, c'est le regel quasi nul et le brassage maximum qui nous ont dissuadés)

A une prochaine en haute Maurienne !!



Sylvain Visse.

mardi 3 juin 2008

Coup de Sirocco à la NW de Comberousse

Enfin, l'orage est passé...ou presque. Laissons-le s'occuper des chambériens, tandis que nous, on va aller respirer le sain air belledonnien dans le cirque de l'Oule.

Sain air...enfin plutôt humidité relative 80% et ambiance nebelwald dans cette profonde et verdoyante forêt de l'Oule. Car on est pas encore bien haut. Visse et moi, sommes non loin du cône de déjection du couloir du Pertuis, visité l'année dernière, puis, en face, la cascade de l'Oule, bien gonflée:


Plus haut, dépassant la cime des arbres, l'antécime de la Pointe Comberousse et sa face NW:

Encore pas trop mal enneigée, cette face typiquement belledonnienne est évidemment assez attirante. Mais pour l'instant cette option n'est pas envisagée puisque l'objectif initial est le couloir W des Grandes Lanches.

Passer le verrou à gauche des cascades ne fut pas de tout repos. Ici on est à l'Oule, c'est pas une montagne particulièrement hospitalière, on n'est pas sur la montagne d'Arvillard ou sur le Grand Rocher. Deux névés non tracés nous ont donné du fil à retordre, le premier parce qu'il était lisse et dense (merci le piolet) et le second parce qu'il fait un pont de neige au-dessus un bon ruisseau, et qui nous a obligé à éviter le point par un saut assez délicat.

Plus haut, on trouve la belle cuvette de l'Oule, avec son torrent bouillonnant, et au-dessus, sur un autre verrou, nettement plus hospitalier, se trouve le très joli refuge de l'Oule dominé par un cirque cristallin joliment architecturé.


Quelques lacets plus tard, nous voilà sur la plateforme du refuge, à 1800m d'altitude, dominant le fond du vallon de l'Oule et au loin le bassin chambérien.La plateforme du refuge, écrin verdoyant au coeur d'un désert nivo-minéral est un havre de paix. La bâtisse rustique a du caractère.

Nous y sommes seuls et nous le resterons, semble-t-il. Dans la bâtisse, après avoir ouvert les volets, règne une fraîcheur humide assez insistante. Le poëlle est tout petit et il s'agit de tenter de faire un feu pour pouvoir cuisiner sans user le gaz du réchaud de Sylvain.

Sylvain s'attache à faire du petit bois tandis que je nettoie la masse impressionnante de cendre au fond du poëlle.



Après avoir constaté la relative sécheresse du couloir W des Grandes Lanches, nous décidons de nous reporter préférentiellement sur la face NW de Comberousse, en attendant vérification des conditions demain, étant donné la part d'incertitude.

Les nuages dehors sont en train de s'épaissir et un petite pluie s'installe. De quoi profiter du confort relatif de la bâtisse.


Vint ensuite par analogie avec la mémorable séquence du refuge d'Ambin avec Joce cet automne, l'inévitable séquence fou rire du poëlle qui tire pas et des pates dégeulasses!!

Le poëlle nous avons réussi à le faire marcher 10 minutes tout au plus, on y croyait ferme!! Mais par lassitude on a laissé tomber.

Quand à l'histoire des pâtes au curry, je laisse mon collègue témoigner :

Mon collègue, si délicat et plein de raffinements dans la vie urbaine, a poussé le vice (rhô, rhô, rhô, je me gausse) jusqu'à se faire un espèce de bouillon de pâtes.....au curry. Déjà que les pâtes en sachet, c'est jamais très fameux, mais alors au curry... (puis fallait goûter pour y croire : d'habitude ça arrache pas autant la gueule le curry, z'avait dû y introduire des bouts de verre). Perso, après avoir poliment goûté une cuillérée de ces pâtes chinoises (qui soit dit en passant avait due être confectionnées dans les ateliers de Nike, à Taiwan), j'ai prétexté ne plus supporter le curry, à cause que j'en ai trop ingéré lors d'un trek au Népal (faut dire, pour ceux qui envisagent d'aller un jour au népal, commencez une cure de curry tout de suite, sinon, tournez-vous plutôt vers l'Autriche) Le summum a été atteint lorsque mr S....."heure" a eu la bonne idée de diluer ses pâtes avec de l'eau du ruisseau (de l'eau fraîche, par euphémisme). C'est vrai que, perso, j'ai trouvé l'idée un peu saugrenue et que je me suis dis que ce n'était pas la meilleure décision qu'il ait pris en montagne !! Enfin, résultat, l'alliance du feu des épices et la fraîcheur glaciale de l'eau du bassin réunis dans une gammelle de pâtes en sachet, et bien là on verse dans une forme d'alimentation intolérable.....ce n'est même plus un simple besoin à assouvir, c'est une souffrance que l'on s'inflige.

Quelle crise de rire!!

Perso à ma décharge c'est les seules nouilles "chinoises" que j'ai trouvées à moins de 1euros à Leclerc lorsque j'ai fait mes courses en catastrophe!! Le reste c'était un truc au boeuf à 1,5euros qui avait l'air ragoutant. Du curry j'en met dans le poulet à la crème que je me fais de temps en temps. Mais c'est un curry doux.
Là il fouettait sec le gosier, c'est du vrai, gavé de coriandre et de cardamome. D'où le concept d'essayer de désépicer les pâtes avec l'eau de la fontaine du refuge : ça a plus ou moins marché mais par contre c'était ben froid après! Le tout c'est d'arriver à avaler.

Je remercie néanmoins l'INIPOMP!!! un petit cachet de ce remède miracle m'a évité des RGO!!! alias Reflux Gastro-Oesophagien!


Le soir tombe dehors, la bougie est bien utile. Au loin les premières lumières de la vallée et de Chambé. La nuit tombante en montagne a l'effet d'un bon somnifère!

Perso grace à ma veste-duvet j'ai super bien dormi. A tel point que le portable qui sonne à 4h du mat, c'est un peu la surprise. Le vent dehors a été fort une bonne partie de la nuit, et on ne savait pas si de la pluie tombait avec. Apparemment non, car en sortant dehors l'herbe à l'air a peu près sèche, et le ciel est clair mais déjà voilé.

Après un petit déj bien agréable, c'est un départ qui l'est autant, avec un sac plus léger que la veille. Les Préalpes sont déjà convertes d'un voile bien sombre, mais au-dessus de Belledonne le ciel est pour l'instant encore bien clair. De plus le flux est S>N ce qui devrait permettre de rester épargné un peu de temps mais la fenêtre météo semble assez courte, quelques heures devant nous au plus.

Après cinq-dix minutes de sentier, nous trouvons le premier grand névé nous permettant de chausser les crampons. La neige, bien que humide en surface, porte bien. Sa surface est rosée par deux jours de Sirocco, ce vent saharien qui amène des sables par l'intermédiaire de la dépression de Gênes. Les vents ont été violents car il y a beaucoup d'humus et de petites feuilles.

La marche d'approche est efficace et on dénivelle vite. Il s'agit de passer par la droite le grand verrou 2200m du cirque de l'Oule. De quoi s'échauffer au cramponnage bien tranquillement.

Nous arrivons au cairn, sur le plateau du grand verrou, au beau milieu du cirque, dominé notamment par le Charmet de l'Aiguille (à gauche), et la pointe de Comberousse dont nous voyons la NW de l'antécime (à droite) vers laquelle nous allons nous diriger:



La marche d'approche au pied de la face, sur une neige plutôt bien portante s'avère plus longue qu'elle en a l'air. Devant nous, la face, haute de 350m, a l'air creusé de rigoles d'avalanches très profondes, comme des pistes de bobsleigh. Aussi il va falloir louvoyer dedans quelque peu:


En face de nous, le col du Morétan, la Pointe du Gleysin et les deux cols homonymes, une densité de sommets bien belledonnienne:


Nous traversons un peu péniblement les dépôts d'avalanches aux neiges collantes. Puis arrivés au pied d'une rigole, nous mettons les casques et sortons les deux piolets:


Nous voila au coeur d'une profonde rigole, remontant son fond, droit dans la pente, par une bonne neige blanche de creux épargnés des sables limoneux du Sirocco.


En 14 ans de pratique de la haute montagne, j'avais jamais vu une chose pareil!! Des rigoles aussi profondes, des pentes de neige autant marquée par le Sirocco, c'est une nature incroyablement surprenante que nous découvrons.


L'ambiance dans ces rigoles est étonnante, on y trouve des petits murs bien raides, alternés avec des cuvettes parfois confortables.

Arrivés à l'embranchement des couloirs de neige, la pente s'est bien redressée pour arriver à 50° environ, car la neige, devenue plus rare sur la face, est plus creusée dans son profil. Au début du printemps, la pente, plus chargée, doit être moins raide. Mais certainement avalancheuse, ce qui n'est absolument pas le cas aujourd'hui.

Je sonde le mental à Sylvain car c'est sa première vraie pente raide et il s'en sort très bien, il est très concentré et il apprécie la démarche. Dans ce genre de pente, il n'est éthique de sortir la corde que si on tire des longueurs. En effet, quand c'est aussi raide et qu'on utilise tous ses membres pour monter, on ne peut pas assurer une éventuelle chute de l'autre, donc il vaut mieux être concentré et indépendant dans son rythme, et ne sortir la corde que lorsqu'une longueur est jugée nécessaire, notamment lorsqu'il y a de la glace. Ce n'est pas le cas, et le cramponnage est très fiable. Avec les piolets techniques, on a trois points d'appui dès qu'on lève un pied ce qui rend la progression sure.

Nous devons traverser vers la gauche, passant plusieurs rigoles et il faut franchir les murets de part et d'autres, ce qui est plus sportif :


Le ciel en train de voir passer les premiers cortèges de stratus pas très épais mais un peu pompeux.

Après l'angle de la pente, nous remontons une profonde rigole, puis toujours dans le même plaisir, nous arrivons sur les pentes supérieures dont la remontée est assez linéaire, avec des perspectives bien fuyantes :


On s'apercoit vite que la sortie de la face, à droite de l'antécime n'est pas loin. Mais auparavant il faut passer par de la neige de bordure de rochers, et la qualité est nettement moins bonne, elle porte moins confortablement, le traçage est pénible!

Sur la toute fin de la face, nous montons un peu trop directement, partant trop à gauche, et nous voilà, pour rejoindre la crête, dans des gradins assez infâmes, expos, péteux et improtégeables. Le genre de passage fouareux que je déteste par excellence, heureusement assez court, mais laisse un peu dépourvu avec un sentiment malsain.

Au bout de quelques mètres je trouve néanmoins la première terrasse "confortable" pour sortir la corde et permettre d'assurer les derniers rochers bien raide et une crête en neige que je pensais bien fine.

En fait même si le mur final de neige est raide, derrière on trouve des pentes assez débonnaires!

Voilà la face vue en plongé de la sortie, la perspective bouchée étant légèrement faussée par la focale rapprochée (c'est moins raide que cela en a l'air sur la photo)


Et voilà la large crête assez élégante vers la Pointe de Porte l'Eglise:


C'est là qu'on s'est aperçus après être arrivés sur cette crête qu'il suffisait, pour éviter les gradins, de prendre bien au centre, acceptant auparavant de faire une traversée vers la droite, et la sortie était ainsi en neige comme on l'avait observé en bas. Le genre d'ironie bien classique en alpi!!

En face de nous, le vallon de la Grande Valloire, dominé par le Rocher d'Arguille, et la Belle Etoile au fond.


Nous contournons un ressaut péteux en prenant un petit couloir peu incliné versant sud et nous voilà au sommet de l'antécime, à près de 2800m, sorte de selle vers le sommet:


En aller-retour le sommet peut être jugé à bien 30-45min aller-retour, même si la crête n'a pas l'air bien difficile, on a rempli l'objectif de remonter la face nord-ouest et nous sentons bien, par l'humidité relative de l'air, que la fenêtre météo ne va pas tenir. Tant pis pour le sommet, on aurait rien vu de plus de toute façon.

Quelques photos souvenirs :


Il s'agit de descendre par ce couloir en face nord-est :


Il s'avéra tout de même assez raide par endroit, devant descendre à reculons, notamment aussi parce que la neige n'était pas bien consistante sur 10cm. Mais aucune accumulation, voire même des rigoles se profilant un peu endroit, signe de "creusement" de la face, devenant plus raide du fait de la disparition de la neige.

Et nous voilà en bas, sur les reliquats du glacier du Gleysin, sous une pluie froide, pas trop forte.

Au fond du cirque, en fenêtre, le puissant Puy Gris (à gauche), l'un des 2900 du massif, et derrière la Pointe de Comberousse (à droite) dont nous venons de descendre la partie droite de la face.


Il ne faut pas trop trainer sous la flotte, aussi nous descendons vite les larges et agréables pentes, pour revenir au verrou 2200m, bouclant la boucle, sous le Charmet de l'Aiguille:


Quelques photos souvenirs au niveau du verrou, avant de vite filer pour le picnic au refuge :


La pluie s'est bien arrêtée et le ciel est devenu laiteux. La face des Grandes Lanches avec le couloir W, bien désertique :


Par une descente efficace, nous retrouvons vite la plateforme du refuge dominant le vallon verdoyant et les brumes des vallées! C'est ici qu'il fait encore le meilleur!!


On quitte le refuge un peu à regret mais faut bien descendre à un moment ou un autre. Les deux névés nous ont donné du fil à retordre.
Le premier, celui qui faisait un pont au-dessus du ruisseau, pont qu'on pris soin d'éviter, a fini par péter net après mon passage par contrepoids sans que l'on soit passé dessus pourtant : il a craqué par effet de fissures, à 3m de distance!! Impressionnant mais à la limite ça va faciliter et sécuriser le passage pour les autres.
Le second plus tassé et lisse que jamais redemandait de bonnes marches et surtout de bons piolets.

Ensuite ce fut la nebelwald profonde et verdoyante pour retrouver les près fleuris du hameau du Gleysin, cadre charmant même sous un ciel bien gris!

Merci à Sylvain pour m'avoir accompagné dans cette bien belle aventure alpine,

Texte et photos Nico Strider,

vendredi 16 mai 2008

Couloir Nord de l'Arbizon AD 550 m Haute Pyrénées

photos : Pastriste; Gilles, et quelques unes d'Hydra et Karine

Je prend la relève d'Hydra pour la suite désolé du retard ,mais j'ai accumulé les contraintes et contretemps de toutes natures.

Je reprends lorsque nous observons un Isard dans sa fourrure hivernale sur un piton rocheux.
C'est le premier pour les Tourtereaux....ben pour moi et Gilles , c'est un parmi des centaines déjà vu.

Faut dire qu' Hydra vas souvent dans des coins comme le Vignemale un peu trop fréquenté pour les Isards.










Petite reconnaissance vers le Cirque pour voir la Face Nord de l'Arbizon.



















Le Cirque Nord de l'Arbizon , très encaissé entre le Bassia à l'Est , l'Arbizon au fond et le Montfaucon à l'Ouest.


La Face Nord de l'Arbizon , sur le coté Est , à gauche " le Couloir Nord " AD Inf , à sa droite La Face Nord AD Sup



Nuit sans regel au lac d'Arou 1786m

Pendant que les Bordelais s'installent dans leur tente , Pastriste et Gilles s'installent aussi mais pour dormir dehors dans leur Petit Astazou 1000....il feras très chaud dedans car la nuit claire se passera sans regel nocturne.
Je me demande ou Hydra à été dégotté un froid mordant ?



le soleil se lève sur nôtre futur couloir de descente...on s'en doute mais pas encore avec certitude.



Couloir Nord AD INF 550 m :

Attaque à 2280 m.
bon voilà c'est là le départ du couloir , un peu confus il faut le reconnaître ,
c'est pas évident pour le trouver.

préparatifs :



La première longueur








seconde longueur jusqu'à la barre rocheuse.



petit passage en glace







Gilles me relayera juste sur une petite longueur , mais il est pas en forme avec des soucis
digestifs et il relève tout juste d'une sciatique.
enfin c'est 60 m d'économisé pour moi. Merci Gilles.










pause sur une selle de neige avant la goulotte de sortie ( 50°) qui débouche sur la pente Nord Est









La goulotte




la sortie de la goulotte....je suis content , je croyais que j'avais fait le plus dur......
Ben non.......




les 100 m de la Pente Nord Est de la sortie, et ben voilà le plus dur 100 mètres de pente
ou tu t'enfonce dans une semoule infâme....pour faire la trace la dedans c'est un calvaire.



une neige complètement pourris, j'utilisent les piolets jusqu'à la garde comme des pieux à neige.





heureusement pour moi qui fait la trace depuis le bas du couloir, plus haut la neige durcie et porte plutôt bien , un vrai bonheur après toute ces longueurs de neige très moyenne.



et voilà sortie de Pastriste du couloir Nord sur l'arête sommitale Est 2732 m
derrière moi tout petit c'est le cairn du sommet de l'Arbizon 2831 m.
Encore 100 mètres d'arête que feront en tête les jeunes mariées .
Ils sont tout frais de leur course derrière, c'est à eux de jouer.
Moi je récupère du Couloir et Gilles à des soucis de crampes ,faut que je lui étire la jambe.







bon finalement les vieux rappliquent.....






vue panoramique de la chaîne des Pyrénées :



Luchonnais Bielsa et Lustou Batoua Barroude Munia Mont Perdu



Néouvielle Montfaucon et pic du midi cirque nord de l'Arbizon la cabane et le lac d'Arou au fond.

Un Contournement interminable pour rejoindre le couloir de descente :





le couloir occidental de descente sur le cirque nord de l'Arbizon. Punaise il est pas à coté.




d'abord il faut perdre 200 m et puis contourner le gendarme énorme et remonté les 200 m.



Le caillou du fameux gendarme très sculpté , d'après Strider c'est un superbe gneiss
rubané très compact.

un contournement accidenté et très très fatiguant.....



Face Ouest de l'Arbizon la cotation doit être sympathique.....





Enfin la descente dans ce fameux couloir Occidental !











la vallée d'Aure vue de la route dans la descente sur le village d'Arreau
Au Fond les 3000 frontaliers du Lustou, Batoua, abeillé, Clarabide, Gourgs Blancs....etc




Bières à Arreau.


Vôtre serviteur avec sa bière offerte par Hydra pour sont anniversaire....excellent souvenir.....

mercredi 14 mai 2008

Le Rocher Blanc : un classique belledonnien

Petit et Grand Badon, satellites du Rocher Blanc

4H40,dimanche, Visse passe prendre le café chez moi et une fois les réglages des skis bouclés, nous décidons de partir vers un objectif dont on parlait il y a déjà quelques temps : le Rocher Blanc, grand sommet belledonnien, culminant à 2928m. C'est une montagne qui faisait partie de mes listes de classiques à cocher, et pour Visse c'était un vieux rêve à ski, surtout quand il le voit si bien depuis Lyon.

Classique mais pas de tout repos quand même, car la rando, certes assez facile, fait quand même plus de 1850m de dénivelée (sans parler des km), il faut une assez bonne forme pour aller jusqu'au bout. Surtout que là, on est en conditions de printemps qui commence à être un peu avancées, et portant les skis dans la dense forêt belledonnienne, c'est seulement à 1700m, soit une heure et demi après le départ (à 1000m) que nous pouvons chausser les skis.

Les parois puissantes du petit Badon nous dominent avec orgueil :


L'accès classique au Rocher Blanc se fait par une grand combe, qui porte un beau nom, la Combe Madame. En forme de virgule, elle est creusée comme un U glaciaire jusqu'à ce qu'elle s'élargisse vers les hauteurs du Rocher Blanc, en un amphitéâtre d'altitude peu prononcé, portant un petit glacier, le reste étant des vallonnements péri-glaciaires.

Le refuge de Combe Madame, dans l'ombre d'un site assez exposé lors des grandes avalanches des offensives hivernales, est fermé. Fort parfum de printemps où la neige relève plutôt de névés entrecoupés de landes à crocus. Le torrent bouillonne déjà fort, c'est l'un des grands attraits de Belledonne.


Après avoir chaussé les skis et mis les couteaux, on avale très vite le premier verrou qui s'avère assez gentil. On arrive dans une belle cuvette, baignée d'une lumière déjà puissante, surmontée au fond par le Col de la Croix que nous avons descendu avec Visse l'année dernière, et la Crête de la Marmottane dont nous avions fait le tour à cette occasion :


Le second verrou est encore plus facile que le premier, et on fête les 1000m de dénivelée achevés, car nous sommes à 2000m, et nous voyons en face, au-dessus de l'auge glaciaire "parfaite" de la Combe Madame, la crête à peine enneigée du Grand Rocher, et derrière la barrière orientale de la Chartreuse :


Allez c'est parti pour les 900m restant, sur une section de la Combe Madame que nous avions visitée l'année dernière, venant d'en haut. Cette section est assez agréable à l'ombre :


Derrière nous, au Nord, les belles pentes du passage de Clarant et derrière, l'allure un peu striée, notre cher Rocher d'Arguille, avec sa belle crête blanche sommitale.


La marche est très progressive et c'est un peu à une introspection montagnarde qu'on est invité, parlant avec un calme mesuré, une certaine idée de la sérénité. Devant nous à gauche, le col de Combe Madame et à droite derrière les contreforts que l'on voit là, se trouve le large cirque du Rocher Blanc :


Une certaine idée de la distance...Nous voyons un gars qui descend déjà (probablement pour être à midi en famille devant un bon roastbeef), et un gars derrière en solo qui a une bonne patate.


Voilà que le gars nous dépasse, dans la belle pente d'accès au cirque du Rocher Blanc, magnifiée par le spectre lumineux de l'astre solaire, découpée par les crêtes escarpées de la Marmottane:


Alors que le ciel commence à s'imprégner de quelques cotons annoncés gaiement par Météo France, nous entrons dans le cirque du Rocher Blanc, avec ses pentes assez débonnaires, surtout à cette saison :


Jolis vallonnements que voilà, dans un ciel moutonné, donnant une ambiance de fond aquatique. Le sommet du Rocher Blanc est cette bosse blanche tout à fond, au centre:


Suivant quelques traces raquettiennes, nous suivons les vallonnements qui s'enchainent paisiblement avec élégance...


Derrière nous, Rocher et Bec d'Arguille...Et en face, la puissante Aiguille de Marcieu, dernier sommet des Aiguilles de l'Argentière dont on voit la brèche homonyme à sa gauche.