mercredi 15 juillet 2009

Parves - secteur Phoenix

Lundi avec Patrick (alias Cairn-oc), découverte d'un site majeur: la falaise de Parves, du coté de Belley, longue falaise surplombant le canal de dérivation du Rhône.


(Photo de Muriel Ducolomb)


On se gare à quelques dizaines de mètres d'un belvédère qui offre un panorama sur le Bugey. On descend par un sentier abrupt, mais au bout de quelques minutes, on sait qu'on arrive chez les "Ducs": des cordes servent de main courante tout au long de la descente. Délicate attention qui nous prépare à un site entièrement aménagé pour y passer un bon moment: un sentier bordé sur plusieurs centaines de mètres de troncs d'arbres couchés; de ci de là des terrasses en rondin; des jardinets de buis; une table de pique-nique pour enfants; topos mis à disposition au pied des voies... Quelques clins d'oeil, comme cette volée de marches en pierre pour accéder au pied de la voie "Les marches du palais". Tout se fond naturellement dans le paysage et dans ce sous-bois. Et surtout au pied de cette falaise qui s'étire à perte de vue dans la forêt.


Côté grimpe, le rocher est superbe, bien que crayeux par endroits. En effet, le calcaire, exposé nord-ouest et pas assez exposé au soleil, partirait en poudre, ce qui rend les premiers pas d'escalade un peu hésitants. Nous grimpons deux très belles voies dans le secteur "Vishnu la paix", équipé par Hot-roc, puis nous nous dirigeons vers l'extrémité est de la face, pour découvrir le secteur des "Ducs", et plus particulièrement "Phoenix".
Quelques affiches "non aux traits" nous avait mis dans l'ambiance: la mémoire du regretté Papy Rouzo hante ce sous-bois. Un autre indice: cette voie nommée "Hazebine", comme Pierre aimait à se définir, avec les fameux @#%! peints discrètement sur le rocher. Puis nous arrivons à une falaise imposante, au pied de laquelle une fresque est peinte sur la roche.


(Photo de Muriel Ducolomb)

Ce secteur est dédié à la mémoire de Pierre Rouzo, décédé en juillet 2007. Pas la peine de le présenter pour les grimpeurs. Signalons juste qu'il a équipé des falaises du côté de Montpellier, et qu'il était un excellent dessinateur. Ses amis équipeurs y ont créé des voies pour lui, mais ne les ont pas cotées. Il faut se souvenir que Pierre Rouzo avait été à l'origine du manifeste des amoureux de la lecture, c'est à dire qu'il se battait pour préserver le plaisir de la lecture dans la voie. Il avait la hantise des traits de magnésie que mettent certains grimpeurs sur la roche pour mémoriser les prises. Tout l'inverse de ce que recherchait un amoureux de la lecture tel que lui. Les "Ducs" ont donc équipé ces voies sans indiquer de cotation: chacun se lance sans a-priori, juste pour le plaisir de découvrir la voie. Ce concept n'est pas très apprécié de tous, espérons que pour respecter la mémoire Pierre Rouzo, chacun gardera sa cotation pour lui. Pour notre part, nous n'avons eu le temps de grimper qu'une seule très belle voie signée JPB, équipée lors d'un de ses passages en France, "C'est marée basse, on va grimper". Pour l'anecdote, le nom de la voie vient du fait que sur le Saint-Laurent, au secteur du Crapeau de Mer, on ne grimpe que lorsque la marée est basse...


Le topo des voies équipées par Muriel et Philippe Ducolomb est consultable sur leur site. Merci à eux..Une page est dédiée à Pierre Rouzo.
Vous pouvez aussi vous balader sur le site "Purge.mag" sur lequel vous trouverez une photo de Pierre Rouzo en action ou un reportage sur les méthodes de purge de JPB .

samedi 6 juin 2009

Buts en cascade au pays des limaces noires !

Récit : Hydra
Photos : Pastriste & Hydra
Secteur : Arbizon ( Hautes Pyrénées)
Dernier WE du mois mai : enfin une opportunité d’aller en montagne se profile : la neige fond vite et limite le risque d’avalanches et le temps semble, enfin, orienté au beau fixe….

Nous décidons avec Pastriste de retourner du côté de l’Arbizon, où nous avions effectué l’an passé le couloir nord, en vue cette fois, de faire la « face nord » (couloir juste à côté).

Très avancé dans le piémont pyrénéen, le massif de l’Arbizon propose un accès routier facile ainsi qu’un cadre grandiose, peu fréquenté des alpinistes.

Je décolle samedi après midi de Bordeaux, après une sieste réparatrice. De son côté, Pastriste doit passer par Toulouse, pour faire du lèche vitrine. Un peu en avance, j’en profite pour regarder la seconde mi-temps de Stade Français / Perpignan, dans un troquet, à Bagnère de Bigorre, et assiste réjoui à la victoire des Catalans sur les Parisiens



Je reprends la route, après cette halte rugbystique, et arrive enfin à la Hourquette d’Ancizan (mot pyrénéen pour désigner un col). Il n’y a pas foule. En dehors de plusieurs troupeaux de vaches, il n’y a que très peu de voitures.

Comme Pastriste est un peu en retard, j’en profite pour mitrailler les sommets des parages, et surtout pour repérer un coin pour planter la tente, car en fait nous avons décidé cette fois de faire l’intégralité de la course depuis la Hourquette…


Ce n’est pas chose facile, car il y a certes plein de banquette d’herbe, mais il y a aussi plein de vaches partout. Je me vois mal dormir sous une tente, bercé par le carillon incessant d’un bovidé mélomane ; ou pire encore, réveillé en pleine nuit par une vache se prenant les pieds dans les fils reliant la tente aux sardines….


Je repère de l’autre côté de la Hourquette, une cabane déserte avec un joli enclos : bingo !
C’est potentiellement un super spot de bivouac. A peine rentré à la voiture pour écouter la radio, que la pluie se met à tomber. Apparemment, les vaches du coin n’aiment pas trop la flotte et se réfugient plus bas dans la forêt; chouette, un problème en moins !

Pastriste arrive enfin. On plante dare-dare la tente dans l'enclos et préparons la popotte. Nous discutons du programme du lendemain. Nous espérons trouver d’excellentes conditions, avec une neige portante bien tassée (et non l’infâme bouillie de l’année précédente).





Pendant que nous rangeons nos affaires, une voiture se gare près de la cabane. Une charmante ( mais je voyais assez mal dans le noir...) jeune dame nous informe qu’il est interdit de dormir ici (sic), mais que bon pour cette nuit, ça ira..…OUF ! .....(sympas les bergers dans le coin) …



La chouette cabane et son enclos pour le bivouac




Coucher de soleil sur le Pic du Midi de Bigorre et l'Arbizon






4H00 : le réveil de Pastriste sonne.

Nous nous préparons comme un seul homme. Le petit déj vite avalé, nous attaquons le sentier 40 minutes plus tard. Ce sentier est en général un peu monotone, car pendant une heure, on ne prend quasiment aucun dénivelé. Aujourd’hui, il est parfait pour nous, pour nous échauffer. En effet, nous n’avons pas remis les pieds en montagne depuis de longs mois. Et ce n’est pas la grande forme. Nous sommes fatigués et un peu barbouillés du fait de l’altitude.

Nous arrivons au premier obstacle de la course : un torrent gaiement gonflé par la fonte effrénée des neiges. Je longe en vain vers le haut pour trouver un gué. Pastriste, plus heureux, trouve le passage, sur des pierres à demi immergées. Merci les Népal Trek de nous permettre de passer ce torrent les pieds au sec !






Nous arrivons ensuite à la cabane, où nous avions bivouaqué l’an passé. Nous constatons, avec bonheur, qu’il y a beaucoup moins de neige que l'année dernière, et qu’en plus, elle porte merveilleusement bien ! C’est de bon augure.



Nous gagnons pas mal de temps sur l’approche par rapport à l’horaire de l’année précédente où nous avions brassés comme des désespérés. Le jour se lève sur une mer de nuage féerique.
Rien que pour ce moment, ça valait le coup de venir. Magie de la montagne...





Plus haut, avec le surcroît de luminosité, nous voyons enfin la face nord l’Arbizon.
Catastrophe ! La face nord est quasi sèche, c’est incroyable ! Seuls quelques névés opposent une vaine résistance aux assauts du printemps. Que faire ? Se rabattre sur le couloir nord, juste à côté sur la gauche, qui à l'air en meilleure condition ? C’est une possibilité, même si nous avons déjà parcouru cette course il y a un an à peine…






En fait, nous n’avons pas trop le choix. C’est le couloir nord ou rien. Nous faisons contre mauvaise fortune bon cœur, car ce couloir nord demeure une chouette course, quand même. Premier but de la journée avec ce changement d’objectif. Cependant, en scrutant la face nord avec attention, nous découvrons, que ce couloir est lui aussi plutôt sec, et qu’en son milieu, la neige manque carrément....


Que faire ? Nous décidons de tenter notre chance quand même. Une fois équipés et reposés (il y en avait bien besoin), nous nous lançons dans le couloir. La neige porte bien et nous avançons vite. Vers 2400 mètres, nous arrivons dans une impasse. Le couloir asseché vient buter sur un ressaut rocheux. De part et d’autres du couloir, des rimayes narquoises semblent attendre des alpinistes intrépides. Ambiance lugubre. Nous préférons esquiver cette difficulté en prenant, par la gauche, une branche sans issue du couloir, qui a l'air plus aisée. En vain, le pied dans la rimaye, je ne puis pas chaud pour escalader un terrain mixte offrant peu de protections.




Nous décidons de forcer le passage en retournant directement dans le couloir. Pastriste s’avance prudemment sur cette langue de neige, bordée de trous et venant mourir au pied du ressaut.
La neige est particulièrement dure à cet endroit du couloir, et la pente respectable. Quel joli toboggan !

J’assure Pastriste qui s’élance prudemment sur le rocher. On dirait une sorte de gneiss métamorphique très compacte, mais je n’en suis pas sûr. Strider, es-tu là ?… Le problème est de pouvoir s’assurer. Je file mes friends à Pastriste qui n’a pas pris ses pitons, pensant que je m’en étais chargé. C’est bien dommage, car c’est un rocher à piton. Pas de béquet, pas de fissures pour coincer un malheureux friends…





Moments de flottements ! Nous décidons de faire marche arrière. J’assure Pastriste pour la redescente du toboggan. Quelle tension.... Cela me rappelle la descente de l’arête de la Pointe Isabella cet été avec Annapurna…On s’en sort quand même et improvisons un conseil de guerre. Par où passer cette fois ? Au milieu : oui, ça paraît pas mal. Mais qui a assez de jus pour attaquer en tête? Personne. Si on passe quand même, par où redescendre ensuite ? Le couloir Billon ? il devrait être assez sec, forcément lui aussi ! Le couloir EST du Montfaucon ? en théorie ça devrait passer, mais bonjour la bavante ! Que dit le temps ? de gros nuages gris nous talonnent et obscurcissent le Piémont…..




C’est décidé, nous rebroussons chemin : c’est un joli but ! Le second but de la journée !



Nous profitons de la descente pour repérer (pour l’an prochain peut être) le couloir de départ de la face nord, car c’est un joli labyrinthe ce coin. On le trouve enfin, caché derrière un éperon au pied de la splendide paroi de la face nord.




Au pied de la face nord de l'Arbizon




Une fois ce repérage effectué, nous mettons les voiles. Arrivés à la cabane, c’est la pause déséquipement. Nous sommes forcément un peu déçus. Mais contents d’être en bonne santé, tout de même. Nous constatons que pour une première course de l’année, c’était un peu ambitieux, ce programme, sans bivouac intermédiaire.




Le couloir EST de descente au niveau du Montfaucon


J’aimerais faire une petite sieste pensant que le matos sèche un peu. Mais avec le vent et le froid c’est difficile. Nous décidons de redescendre. Plus bas, un large soleil et des banquettes d’herbe fraîche offrent un spot à sieste, terrible.







Quelques minutes plus tard, nous sommes réveillés par un troupeau de randonneurs. Qu’est ce qu’ils font là à poireauter à deux mètres de nous, aussi nombreux ? Excédés par le vacarme et l’insolite de la situation, nous nous levons et repartons. Plus bas nous comprenons mieux le pourquoi du comment….tout le groupe est ralenti par le passage du fameux torrent. Mal équipés, les randonneurs ont des réticences à marcher les pieds sous l’eau. D’où cet embouteillage en pleine montagne !

Nous patientons au niveau du "bouchon" et franchissons le torrent dans le sens inverse. Arrivés au parking, nous fêtons dignement ces premiers buts de l’année par une bonne petite bière (une Pelforth, et oui, on ne se refuse rien)….il y a quand même un minimum de standing à respecter !





A bientôt pour de nouvelles aventures pyrénéennes!



PS : ah oui, au fait, voilà l’explication du titre par rapport aux limaces noires (il y en avait partout dans ce coin des Pyrénées).

mercredi 27 mai 2009

Rando vosgienne : un lac blanc, un lac noir...

En ce début d'après-midi, Jean Marc et moi avons rejoint les rives du Lac Blanc, perché à 1050m d'altitude, en plein coeur du massif des Vosges, au-dessus d'Orbey. Ce lac artificiel, relié au lac Noir dans les deux sens, a un niveau assez bas aujourd'hui. Prendre un peu d'altitude ne nous fera que du bien au vu de la chaleur écrasante (35° à l'ombre) dans la plaine d'Alsace. Une jolie rando consiste à faire une boucle entre les deux lacs en passant par le sommet principal, le Gazon du Faing.

La rando commence dans une sente bien tracée entre les gros blocs granitiques de la ligne de crête.


Nous dominons la cuvette du lac avec au fond le col du Calvaire (et la station du Lac Blanc)


Nous arrivons assez vite en face du morceau de choix : le superbe Rocher Hans, tout de granit taillé, comme un pilier dominant le lac, ou un chateau perché...


...avec au-dessus de nous, une forêt de chaos granitiques entremelée de végétation :


A l'aplomb du Rocher Hans, vers une petite brèche :


Il faut légèrement redescendre de l'autre côté par une vire un peu étroite pour admirer le caillou. Celui-ci est tracé de voies plutôt verticales, dalleuses, lisses en 2,3 longueurs, très réputées localement :


Jean Marc remonte à la brèche :


Nous allons suivre la crête en face, avec son sentier un peu (trop) aménagé mais pour ceux qui ont l'esprit ludique, il y a moyen de louvoyer entre les blocs :


Derrière nous, le Rocher Hans et sa voie normale, qui impose un dièdre final bien redressé :


Petite errance entre les blocs...


...pour aboutir au final à la vue la plus célèbre du Lac Blanc, grandiose :


Le Rocher Hans est surmonté d'une vierge, mais du matériel de protection du bas de la falaise sur le lac semble avoir été posé en haut par voie aérienne :


Gros ganit sur fond absorbant de lac...


...et un gendarme hérissé vers le ciel bleu...


De la crête, un paysage vosgien aimable, un peu lissé par la brume de beau temps :


La montée s'aplanit très vite pour arriver aux espaces ventés sommitaux du Gazon de Faing, perchés entre 1280 et 1300m d'altitude :


Le vent assez insistant qui nous accueille nous fait le plus grand bien, étant donné la chaleur et l'ensolleillement un peu accablants.

Sur les Vosges, les crêtes sont souvent douces, du fait de l'érosion ayant entrainée des surfaces d'aplanissement. C'est en général sur les versants que l'on trouve un caractère montagne au relief. Ici une zone humide, interdite d'accès, que longe le sentier :


Visse y reconnaîtra peut être quelques similarités avec le Forez, à la différence, que ces surfaces aplanies ne sont guère aussi continues. Le véritable sommet, peu clairement marqué, est au fond à gauche.


En face les rochers du Taubenklangfelser, qui dominent le lac des Truites (invisible d'ici) :


Plus loin, on voit le Hohneck, dont les couloirs en face nord sont encore un peu enneigés (plus pour longtemps ;-) ) :


Et à nos pieds, le village du Munster, qui a donné son nom au fromage le plus connu de la région :


Nous descendons la crête vers la Altenkraehkopft, mais arrivé à la selle entre les deux, prenons un sentier qui descend dans la forêt plein E :


Dans cette descente nous dominons la cuve assez étroite du Lac Noir :


Qui commence à apparaître au fond :


Et que voilà en contrejour, celui-ci bien plein, est vraiment beau !


Ne reste plus qu'une traversée montante à flanc pour rejoindre le Lac Blanc et la boucle est terminée! Nous profitons bien de cet air frai avant de redescendre dans la belle Alsace, engoncée dans la nappe de chaleur, mais tellement colorée et rayonnante.

Merci Jean Marc pour cette super idée!

texte et photos © Nico Strider