lundi 17 novembre 2008

Pointe de la Sambuy : "outland"

Cette première image résume à elle seule l'essentiel de notre journée à la Sambuy : passer au-delà de la grisaille ambiante et généralisée du fond de vallée afin de profiter d'une journée de rêve et du bonheur, certes momentané, qu'offre la montagne à travers sa beauté infinie.

"Outland", du nom du nouvel album de Marie Modiano (fille de l'écrivain Patrick Modiano, qui nous offre un remarquable opus pour les amateurs de musique pop-folk soit dit en passant) renvoie à ce qui est en dehors. Avec cette sublime mer de nuage, toujours comme jamais, nous nous trouvons là, dans cet endroit et avec cette vision correspondant à quelque chose d'à la fois rêvé et ailleurs. Un sentiment presque étranger dans le monde d'en-bas, d'où l'une des raisons de notre présence ici-même. Presque surnaturel tellement l'artistique de la nature s'exprime puissamment.

D'ailleurs, ce sentiment n'apparaîtra que lorsque cette mer de nuage laissera place à une tempête de ciel bleu, quelque part au milieu de la forêt baujue.


Quelques temps plus tard, nous nous rendons à l'évidence : nous avons raté un sentier quelque part sur la piste forestière. Aucun panneau, un descriptif succinct (visiblement trop ou mal foutu...) : tant pis, nous montons, et advienne que pourra, nous savons qu'il y a un passage au milieu de la barre rocheuse. Nous progressons hors sentier dans la forêt puis dans un alpage, rencontrons la neige puis un point cartographié. Nous savons désormais où nous sommes et effectivement, nous n'avons rien à faire là !!! Mais la vue sur la Sambuy (au fond) est belle.

Là, nous traversons en ascendance sur une sente, alors qu'il y avait une route forestière , ramenant directement sur le bon itinéraire, qui partait de l'autre côté du chalet et que nous n'avons même pas vue. Aucun problème, nous retombons dans la combe un petit peu plus haut que la normale. Je précise que cette évidence n'apparaîtra que lorsque nous chercherons ce foutu sentier (et être revenu à ce chalet...) après l'avoir encore raté... à la descente ! Caramba, dur dur...!!!

Nous remontons cette large combe qui conduit à un col entre la Petite et la Grande Sambuy.

En tout cas, et on ne s'y attendait pas, la neige est déjà là et en bonne quantité. La vue s'ouvre, ici sur la Tournette (et le reste des Aravis, particulièrement sur l'ensemble Charvin-Mandallaz), puis sur le seigneur des lieux.


Au col, nous découvrons cette face Nord de la Sambuy, courte, mais belle et raide (une grosse centaine de mètres à 45°). On y devine le cheminement du sentier.

La trace s'arrête là. Quoi faire ? Car j'ai fait un choix malheureux ! Je pensais qu'on aurait droit aux mêmes conditions que la semaine passée au Pécloz, c'est-à-dire de l'herbe et de la boue à l'occasion. Or cela fait 500 mètres de dénivelé déjà que l'on a les pieds dans la neige, qui bien évidemment s'épaissit. Sur le plat, nous en avons déjà bien jusqu'aux chevilles... Bon, inutile de s'étaler, nos pieds sont déjà au frais et humidifiés. Alors qu'à cela ne tienne, nous continuerons si la neige est stable. Ce qui fut le cas. Nous faisons la trace jusqu'au sommet, auquel nous débouchons après avoir brassé avec de la neige jusqu'au-dessus des genoux quand même !!!



Nous mangeons là, heureux comme des papes devant un paysage somptueux. La mer de nuage recouvre l'ensemble des vallées alpines. Une petite pensée envers les citadins s'imposant (car ils doivent jurer sur la météo qui annonçait grand beau pour tout le week-end à une nuance près sur laquelle ne s'est pas étendue TFBeurk -hi hi hi...!!!- alors qu'ils qui n'auront vu que la crasse), nous profitons d'autant plus de ce spectacle exceptionnel et gratuit. Quand même, à la vue de ce panorama (dont celui d'introduction était un extrait), qui peut encore trouver et affirmer que ça ne vaut le coup de marcher un peu...?

Si je vous écris, c'est que je me suis finalement résigné à descendre. Mais encore une fois, ce n'était qu'un au-revoir et à bientôt. Que la montagne fut encore belle...!

mercredi 12 novembre 2008

Festival de lumières au Pécloz


Texte Sylvain Visse ; Photos : cadre vert Nico Annapurna, rouge Choupi' , noir Nico Strider



L'automne est décidément la meilleure saison pour découvrir la montagne sous ses jours les plus purs, les plus dévoilés, avant qu'elle ne revête à nouveau le manteau uniforme de l'hiver. Les contrastes sont prégnants, les jeux de lumière amplifient l'espace. Ainsi donc avons nous constitué un équipage de choc, en quête d'illumination.


Au début de la montée, nous rencontrons ce petit dispositif moderne : il s'agit d'appuyer sur un bouton et vous pouvez écouter la voix d'un vieux bauju du cru vous expliquer..........vous expliquer quoi ??....euh, ben, je ne sais pas en fait,.......mais bon, pas très pittoresque comme procédé d'explication !!






La montée est très régulière et finalement efficace : on traverse peu à peu tous les étages alpins. Les sommets du coin présentent tous ces stries caractéristiques:





Le sommet du pécloz est en vue, au moment où l'on arrive sur les pelouses alpines. Ce sommet en lui-même présente un finale calcaire bien escarpé, contrairement aux pentes débonnaires de son voisin, l'Armenaz(photo de droite)





Nous entrons dans la sphère des chamois, les pentes sont peuplées de colonies entières. Et ils ne sont pas du tout farouches : ils ne sont pas plus stressés que des babouchkas de porcelaine dans une armoire vitrée !!

Ce sont des chamois idéals pour l'attraction touristique (ça devait être de ça dont il parlait le vieux bauju dans sa machine)





La vue prend de l'ampleur avec au fond les Aiguilles d'Arves et les Ecrins, tandis que les contrastes se font plus marqués entre la brume des vallées et la luminosité incisive des hauts lieux.





Le final est tout à fait minéral, propice à la pleine expression des jeux de lumière, surtout si l'on s'attarde sur l'austère versant N que l'on découvre au col, et qui tranche radicalement avec le doux relief rencontré jusque là. Sur ce versant, il n'ya aucune transition entre le rocher et la forêt.





Etienne prend la pose; notez le contraste entre la douce sensibilité du Monsieur et l'aridité abrasive du calcaire !





Bon, comme dit précédemment, la partie finale, de par son caractère rocheux et déchiqueté, propose quelques passages plus ludiques, où l'on peut même mettre les mains.








Rien de bien méchant, mais ça rajoute un petit côté alpin à pour bien conclure cette rando (remarque, ça tombe bien, on est dans les Alpes !!)









Avec cette luminosité tranchante, une simple arête pour les moutons adopte une géométrie hymalayenne.....ici, le sommet de l'Armenaz:





Dans cette partie, il s'agit de bien lever les pieds et de regarder où l'on marche (on appelle cela de la randonnée)





Puis, au bout des 1300m de dénivelés, nous débouchons au sommet. Un contraste de plus entre la blancheur du versant N encore enneigé et la sècheresse minérale de notre parcours final.



Nous sommes accueillis par un chamois, qui dans un élan de "sauvagerie résiduelle", daigne quand même s'enfuir........ouf, enfin un vrai chamois, qui pue et qui n'aime pas les hommes !!





Clair obscur : Choupi' domine les cohortes masculines :



Himalayen, vous dis-je sans exagérer :



Le sommet est une plate-forme confortable, il ne fait pas froid, pas de vent, même ici à 2100m.

On en profite pour s'attarder là où on se sent le mieux finalement.....au-dessus des insanités de la civilisation.

Tandis que Nico Annapurna boit son sandwich, les photographes s'activent (et on peut les remercier pour ces photos magnifiques)




S'ensuit une petite réhydration vinicole, et c'est reparti pour la descente;


L'altitude de 2100m exerce sur les corps une pression dont la résultante est une déclivité de la nuque d'une quinzaine de degrés, c'est mathématique....à moins qu'il y ait un rapport avec les degrés d'alcool du p'tit vin moelleux tout juste ingurgité !!






Nico Strider et son arme favorite, capteur d'éternité, avec au fond l'Arclusaz.






Les panoramas du sommet :






L'inévitable Mont blanc, sublime derrière son cadre nuageux.






Vu l'horaire pas tardif du tout, on profite, on flâne, et on s'amuse dans ce vaste terrain de jeux. Surtout, c'est tentant de rester le plus longtemps possible dans ce milieu naturel, dans lequel on retrouve nos équilibres (enfin, perso, c'est pour ça que je titube souvent, dans les vallées crasseuses)








Tout un symbole : la vie sauvage domine la civilisation.




Etienne vous salue bien :









C'est sûr qu'on ne dénote pas dans les postures un stress trop éprouvant......




On discute, on traîne, puis vient le moment de replonger dans la sphère du bas-monde : la montagne nous adresse un petit signe de lumière en guise d'au revoir,....,elle aussi va entrer dans sa phase d'hibernation (non, parce que je ne sais pas vous, mais perso, les mois d'hiver, entre les ripailles et liqueurs ingurgitées, je passe mon temps à siester, comme le restant de la faune)




Tandis qu'un authentique chamois, toujours aussi peu craintif (à croire qu'ils vont même se faire traire, en soirée, dans la bergerie du coin) arbore fièrement ses attributs anthropo-zoologique (décidément, faut bien que l'homme foute son grain de sel partout)




Enfin, ce fut une superbe rando, ponctuée par une dernière escapade au bistrot d'Ecole, où ce fut l'occase de tester les effets néfastes de quelques mélanges alccolisés sur le système digestif !!


Merci à vous.