Avec Marie, nous devions aller au Soreiller la semaine précédente, mais du fait de la nouvelle neige et d'une météo peu favorable, nous avons préféré annuler le séjour. Il était ensuite prévu que j'aille avec elle en Alsace quelques jours pour re-découvrir la région. Qu'à cela ne tienne, Marie me dit alors que l'invitation tient toujours. C'est alors l'occasion pour moi d'aller voir mes parents dans le Nord, puis de prendre le TGV Est direction l'Alsace, remerciant Marie de son invitation.
Tout près de chez mes parents à Laon, situé dans un relief de plateaux boisées et de vallées agricoles, on trouve au Nord du département de l'Aisne, une région bocagère qui produit le plus célèbre fromage du Nord : le Maroille. La Thiérache, située dans un angle mort du territoire, a l'avantage d'être (très) peu parcourue, l'apanage des connaisseurs, et c'est peu de le dire. Ses routes, quoique bousillées et très crades à cause des tracteurs, sont très bien pour la randonnée à vélo, encore faut-il en avoir un, ce qui ne fut pas le cas, ce sera pour une fois prochaine. Sur ces routes typiques, quelques "étrangetés" thiérachiennes : les "églises fortifiées". Un oxymore ! Autrement dit une église défensive à usage autant sacré que militaire!! En voici deux des plus beaux exemples :
De loin elles ressemblent à des chateaux en brique assez trapus (l'habitat thiérachien est tout en brique, bois et en torchis). Elles sont le témoin d'une époque médiévale très mouvementée avec des clans, des brigands et des guerres incessantes...
Quelques jours plus tard me voici dans le très beau TGV Est, décoré par Christian Lacroix avec un mélange de fonctionnalité et de gaieté:
1h50 plus tard (ça va très vite) me voici à Strasbourg, capitale de l'Alsace. Marie et Jean Marc (notre modérateur c2ciste en chef!) m'attendent et m'accueillent chaleureusement sur le quai. Jean Marc va nous emmener dans une de ses randos favorites à la demi-journée : la cascade du Nideck. Ce cirque est située dans la vallée du Hase, dans les "Vosges Moyennes" du Bas-Rhin. Entre 300m et 600m, il est entouré de sommets autour de 900-1000m (Schneeberg non loin), c'est un espace densément forestier. Nous montons un sentier assez hospitalier pour entrer assez rapidement dans le cirque. Celui-ci est entouré de belles falaises basaltiques assez redressées :
Ces basaltes et ces porphyres (c'est la même famille) témoignent d'un passé volcanique très localisé sur la chaine vosgienne, étant plutôt rares. Les Vosges étant surtout cristallines (granits et gneiss) et gréseuses (surtout pour les Vosges du Nord). Un gendarme "miraculeux" de basalte en contre-jour :
Et voilà au fond du cirque, notre fameuse cascade du Nideck, bien calme en ce début d'automne :
Le sentier monte à droite de la cascade, un peu plus fortement et il est très aménagé, en lien avec le travail du milieu associatif des randonneurs vosgiens. Dans les Vosges, il y a près de 500 châteaux, tout état confondu, souvent en ruine. Ceux-ci peuvent constituer, un peu comme un refuge, des objectifs de rando, venant enrichir la randonnée d'un intérêt historique, culturel, esthétique fort. C'est le cas de ce chateau en ruine sur son promontoire :
Un joli petit lézard sur le grès rose vosgien qui constitue bon nombre des grands édifices de la région:
Pour accéder en haut du donjon (534m), un petit escalier étroit et légèrement aérien se glisse le long de la structure. Du sommet, la vue sur la forêt vosgienne est large, et à l'automne, on peut saisir la diversité des couleurs :
Jean Marc et Marie observant le paysage :
Nous continuons la boucle dans la forêt, pour rejoindre le point de départ par la bordure Est du cirque. En chemin, se dresse un élégant et aérien promotoire de basalte, offrant un petit parcours ludique comme nous le montre Jean Marc :
Grimpade dans les mètres terminaux :
Et voilà le sommet, dans les bruyères vosgiennes, assez caractéristiques :
Nous pouvons alors saisir le cirque où les "pitons" de basalte semblent "déchirer" la surface de la couverture forestière, si diversité dans les teintes de couleur, malgré la légère brume qui s'intensifie :
Au retour Jean Marc et Christine nous offre un verre dans leur belle demeure à 12km de Strasbourg, un bon moment passé ensembles après tant d'échanges vi C2C.
Ensuite Marie et moi les quittons pour rejoindre Colmar, la ville "bénit des Dieux", qui offre certainement le plus beau concentré d'habitat et de culture alsacienne en son centre historique:
Le colombage et la diversité de couleur est typique de l'architecture alsacienne. Le nombre de croix donne une indication du niveau de fortune au moment de la construction. Il y a aussi ce souci de fleurissement, cette profusion d'enseignes, c'est un art de vivre...C'est un carrefour culturel où comme l'on dit souvent, on trouve la finesse, l'élégance française et la quantité, la profusion allemande. C'est aussi valable pour la gastronomie locale..
La Petite Venise, avec son canal, est certainement le quartier le plus emblématique du vieux Colmar :
Avec notamment de très beaux reflets d'eau le matin, sans compter les cygnes:
Il y a carte blanche à la plus grande liberté d'usage des couleurs :
La collégiale et son quartier offre la plus grande profusion de perspectives, de sculptures, de matériaux nobles, de couleurs :
Le jour suivant, nous faisons la visite d'un des plus beaux villages de France, et certainement le plus typiquement alsacien, le village d'Eguisheim. Un chef d'oeuvre, au milieu des vignobles, aux pieds des Vosges, avec sa rue circulaire étroite offrant des perspectives extraordinaires. Marie me guide dans ce dédale de maisons à colombage, fleuries, de toutes les couleurs que l'imagination peut offrir :
Ici c'est une maison de véticulteurs (très présents sur le village) où j'ai acheté un très bon Gewurstraminer :
A Colmar Marie m'invite au salon de thé "Jadis et Gourmande" qui est très typique et très convivial. Ses tartes sont excellentes, unissant selon le principe local "qualite" et "quantité". Le chocolat maison est des plus savoureux :
Le soir, j'effectue avec Olivier, l'époux de Marie, une ballade à vélo, l'occasion de faire des photos de nuit, effectué au pied pour avoir la meilleure qualité visuelle possible :
Ha quelle belle région et surtout quel bon accueil, je me remercie très chaleureusement Marie et Olivier!
Avec Choupi’ et Strider, nous partons ce samedi 27 septembre en direction du vallon d’Ambin, rejoins peu après par notre ami Visse. Cet oiseau rare a garé sa voiture tout en bas au Suffet, histoire d’avaler 4 km de plus que nous dans le même temps : il prétexta de malheureux souvenirs de la part de sa voiture (ils sont tellement intimes qu’ils se parlent, comme dans « Cars » !), mais j’ai compris ensuite que ceci était en fait un moyen de tomber malade pour fêter dignement ses vacances… !!! Oui, quand on court et qu’il fait froid, on chope la crève. Des fois, comme ça ! Le temps de l’incubation, la course se passe bien et l’effet commence le dimanche soir. Quel fumant stratège…
Bref après avoir marché ou couru une petite heure dans ce vallon très sauvage (à gauche) et ayant des petits airs d’Oisans sauvage, nous nous installons dans ce charmant petit refuge d’Ambin.
Celui-ci nous remercie de notre visite à sa manière : lorsque nous soulevons un banc pour nous installer, un petit billet de 5 euros s’envole… ! Z’auraient pu laisser 20, mais ce sera toujours ça pour le prochain coup à boire de la « Team ». Oui, on ne danse pas la « tectonik », mais on est « mode » quand même, et pis c’est tout…!!!
L’heure de préparer les victuailles du jour sonne rapidement, et nous ne nous faisons par prier. Le contraire eût d’ailleurs été inquiétant, comme vous le savez ! Pas de vin, ni de crumble ou de croziflette comme la semaine passée, snif… Cependant, à nos mines réjouies (ce n’est donc pas le vin, du moins cette fois-ci…!), vous constaterez que nous n’étions pas non plus des plus abattus !
Nous partirons demain matin en direction de la Pointe Ferrand (3370m), avec pour objectif de faire une boucle passant par le PC 3161m et le col de l’Agnel (3097m). Cette boucle s’annonce bien jolie. Ceci dit, nous ne choisissons que rarement nos itinéraires selon leur degré de laideur, faut bien l’avouer. Je suis un enfant de Lapalisse : eh oui, on en apprend tous les jours paraît-il, il me fallait donc trouver quelque chose…
Nous partons donc plein de bonne humeur et d’entrain. La première étape caractéristique de notre périple est le lac d’Ambin, peu étendu mais extrêmement profond, ce qui lui donne une couleur splendide. Une petite nappe de brouillard ajoute un léger brin d’austérité, mais contrairement aux apparences du moment, le temps sera de la partie toute la journée.
Nous avons désormais droit à la neige fraîche, dont la grosse vingtaine de centimètres vient égayer cette rocaille omniprésente. Alors que nous remontons le petit couloir en direction du col d’Ambin, le soleil se lève derrière notre destination, la Pointe Ferrand (à gauche). Avec cette neige, l’ambiance est déjà splendide avant le col (à droite).
Alors que nous sommes sur la partie plane qui conduit à proprement parler au col d’Ambin, la Pointe éponyme nous dévoile sa face Nord (à gauche). Encore quelques minutes de marche et nous débouchons au col, qu’il est impossible de rater en raison de son petit refuge appartenant au Club Alpin Italien (à droite). Nous n’aurons pas oublier de scruter cette belle paroi du Grand Cordonnier d’Ambin derrière nous, afin de prévoir une prochaine sortie en ces leiux (en bas). Nous avons la surprise d’y trouver quatre italiens, clope au bec de bon matin et faiblement vêtus et chaussés (l’un d’eux est en baskets, et c’est semble-t-il son dernier mot…) compte tenu des conditions frigorifiques du moment, connaissant leur objectif (le refuge Vaccarone), mais pas leur chemin… Bref, une succincte discussion s’engage et nous leur suggérons une route via le lac d’Ambin (notre itinéraire, autre possibilité s’offrant à eux, étant tout de même peu conseillé pour des randonneurs avec cet équipement). Sinon, certes le brouillard est souvent présent ici, mais la couleur rouge-orangée délavée ne me semble pas très heureuse en ces lieux si paisibles, à l’heure de « l’intégration paysagère » du bâti…
Lieux paisibles, certes, mais pas inhabités. Nous aurons la chance de voir de nombreux lagopèdes tout au long de cette journée, mais aussi ces traces qui furent présentes de la fin du petit couloir jusqu’au col d’Ambin : chien (probablement) ou loup, je ne sais pas trop. Si certains les reconnaissent, qu’ils se manifestent !
Nous repartons en direction de la Pointe Ferrand. L’ambiance sur cette crête large et aisée est exceptionnelle. D’abord, alors que nous sommes de nouveau dans la solitude la plus totale, le vent continu et froid vient nous cingler le visage et nous rappeler que malgré l’altitude modeste, nous sommes bien en haute montagne. Ensuite, en même temps que le panorama s’ouvre, nous avons le droit à un magnifique lever de soleil qui donne des images que j’aime beaucoup, sans arriver à les qualifier véritablement.
Un sentiment d’immense bien-être m’envahit sur cette arête. Il ne faut pas se voiler la face, aller en montagne, qui plus est dans ces lieux reculés et très peu fréquentés, c’est également fuir en partie le reste de notre espace social ne nous satisfaisant guère. Tel est mon ressentit du moins. Avec ce sentiment de bonheur et de bien-être, j’ai l’impression d’être véritablement sur un piédestal… de cristal ! Je ne sais pas pour vous autres, mais j’ai souvent l’impression de ne plus être le même là-haut, ce qui est soit dit en passant frustrant dans la mesure où une fois redescendu et de nouveau confronté à la réalité quotidienne, j’ai le sentiment que c’est quelqu’un d’autre qui est monté… ! Ou comment transformer la passion en addiction, n’est-ce pas Sylvain…
Après cette minute introspective dont vous voudrez bien m’excuser, reprenons notre cheminement vers le sommet. Toujours dans un cadre somptueux (à gauche) et un terrain facile (à droite), nous gagnons le sommet (en bas).
Le panorama y est naturellement grandiose, puisque nous sommes sur la crête faisant office de frontière franco-italienne naturelle. Si le golfe de Gênes et les vallées italiennes sont cachés par la brume (en haut), la Alpes françaises s’offrent à nos yeux dans toute leur splendeur. Sur le panorama du haut, les Monts d’Ambin (au premier plan), l’Aiguille de Scolette (au second plan) et la Vanoise (au dernier plan). Sur celui du bas, nous voyons l’ensemble du massif des Ecrins.
Nos yeux ébahis viennent se porter également sur le sommet de Rochemelon juste en face (à gauche), ainsi que sur les points culminants de Savoie et de Haute-Savoie avec sur l’image de gauche à droite en arrière-plan la Grande Casse, la Grande Motte et le Mont-Blanc (à droite).
La pause photos / saucisson terminée, nous revenons sur nos pas afin de prendre pied en contrebas du glacier Ferrand (enfin ce qu’il en reste) et traverser, sous la Pointe Niblé, en direction du point côté 3161 sur la carte IGN. Nous contemplons derrière nous la Pointe Ferrand et le glacier éponyme sous un autre angle (à gauche), ainsi que le lac d’Ambin et ses jolies couleurs à nos pieds (à droite), avant de basculer quelques temps versant italien, ceci pour rejoindre le col de l’Agnel. D’ici, la vue sur les Pointes d’Ambin et Sommeiller est également splendide (en bas).
Quelques jolis passages plus tard (à gauche), nous arrivons au col de l’Agnel (à droite).
Une dernière pause s’impose, histoire de jeter un dernier petit coup d’œil sur notre itinéraire (à gauche), ainsi que sur le versant italien qui abrite le refuge Vaccarone (à droite), mais aussi d’imaginer un petit golf de montagne (en bas). Le cadre, toujours aussi somptueux, invite effectivement à la détente. Mais non, l’altitude n’altère pas le système neurologique ! C’est juste le plaisir d’être ici qui a un effet euphorisant (cependant moins nocif que les champignons hallucinogènes paraît-il…!).
Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, il est désormais temps de prendre le chemin de la descente (n'est-ce pas m'sieur Strider qui l'a raté !) pour rejoindre le refuge, puis les voitures. Sylvain doit retrouver sa belle famille, alors faut bien ! Non, ne me faites pas dire que de retrouver sa belle famille n'est pas une bonne chose, il ne l'a pas dit et ce n'est pas mon intention non plus, non mais !!!
Oui, j’ai découvert un nouvel endroit magnifique. J’y reviendrai, il m’a beaucoup plus. Vraiment, que l’ensemble des montagnes sont belles…