mardi 6 mai 2008

Raid à ski en Vanoise (1) : le Col des Fonds

Meribel, Reserve de Tueda, lac homonyme, 9h45 ce dimanche. Patrick et moi montons vers le refuge de Péclet-Polset, passant par le Col des Fonds qui s'avèrera une rando à part entière vue la distance à parcourir.

Le temps est beau et très doux. Un départ tardif que nous allons regretter, sous-estimant la longueur de notre périple. Le lendemain est prévu l'objectif principal : le Dome de Polset. Pour une reprise du ski de rando après un mois de disette, à cause des épisodes de sinusites, ça, c'est de la reprise!!



Nous portons les skis pour l'accès au vallon du fruit, traversant de joli tapis de crocus par milliers.Très vite nous trouvons la neige sur la route agricole pour chausser les skis. A 2000m, sous l'Aiguille de Fruit, avec ses masses calcaires, nous entrons dans le long et large vallon :


L'ensemble est très plat jusqu'au refuge du Saut. Dans le coin pullulent les marmottes fraichement réveillées, assez maigres vu les circonstances, mais déjà joueuses et pleines d'espoirs d'un été radieux.

Il fait déjà bien chaud avec la réverbération de la neige et les longs faux plats nous engourdissent quelque peu. Néanmoins le décor est grandiose et assez prononcé. Nous aboutissons dans la cuvette du refuge du Saut, aussi plane qu'entourée de reliefs bien escarpés, notamment les contreforts du Mont Coua :


Il s'agit ensuite de remonter à gauche un vallon dans les gypses, formant un goulet peu prononcé mais suffisamment remontant pour déniveler efficacement. Malgré la chaleur ambiante, un vent frai se ballade et m'oblige à protéger les oreilles. Géologiquement le coin est insolite :


Nous arrivons ensuite à un grand replat, dominé au fond par des montagnes calcaires pralognanaises tel que le splendide Roc des Corneillets, tout près du Col Rouge, visité il y a deux ans avec Visse.


Nous mangeons un peu sur le replat. Nous prenons ensuite à droite, à travers des vallonnements sinueux, la combe nord du Col des Fonds. La lumière, en cette heure déjà tardive, y est très forte, et oppressante, car nulle ombre n'est présente, et de toute part des pentes nous réfléchissent la lumière du soleil dans la tronche.


Néanmoins cette lumière argentée est très belle. Les grands espaces se découvrent au fur et à mesure que nous gagnons en altitude, certes péniblement vu la chaleur :


La combe devient plus étroite et on sent bien le modelé péri-glaciaire encore influant. Nous souffrons dans cette montée, suffocant dans les UV.


Arrivé à un replat que Visse reconnaîtra, nous sommes enfin, et avec soulagement, en vue du Col des Fonds, qui culmine à 2907m, ce qui est déjà un bel objectif de rando en soit.


A notre droite, la pointe du Borgne bien visible depuis ce grand carrefour où nous nous trouvons, entre la combe des Fonds et le vallon du Lac du Mont Coua:



Remontant les dernières pentes avant le col, les neiges irradiées d'UV de la Pointe des Fonds sont aveuglantes :


Victoire, dirons-nous ou presque, vu l'horaire tardif et la distance. Nous sommes sur le cairn du col, face à la Pointe de l'Echelle, dans un vent du Sud sec, frai et cinglant.


Et voilà que nous découvrons, grandiose, le massif de Peclet et le grand glacier de Gebroulaz, que nous allons visité demain, déjà bien criblé de traces des jours précédents.


Portraits des protagonistes de ce raid Vanoise, massif chamoisard par excellence !


Bon il est tard, il s'agit de rejoindre rapidement le refuge de Peclet par les pentes S dont nous présumons qu'elles seront ô combien réchauffées! Patrick aborde les premiers virages.


En suivant la croupe nous trouvons une transfo lourde à peu près skiable, sans grand confort:



Mais c'est après en abordant le minimum de contrepentes possible que cela devient délicat. Dans certaines de ces petites pentes, le manteau est pourri et instable sur bien 20-30cm . Nous sommes obligés d'y aller avec douceur pour ne pas déclencher de coulées superficielles. Patrick, sans s'en rendre compte, en déclenche une petite qui n'ira pas loin, mais cela nous fait percevoir l'intérêt de tenir un distance entre chaque skieur, car ces coulées, sans être de taille et de masse à t'ensevelir, peuvent te déséquilibrer, te faire tomber par le poid de la mélasse!!

On peut dire alors qu'on est pas fiers d'être partis si tard, et que la leçon est retenue à l'avenir et définitivement. On a confondu simple montée en refuge et vraie rando à part entière comme ce fut le cas de celle du jour, qui en fin de compte a plus de denivelée et de distance que celle de demain!

On profite néanmoins de belles lumières d'après-midi:


Nous arrivons ensuite au refuge d'où nous bénéficions d'une vue splendide sur la puissante Pointe de l'Echelle, sommet chamoisard, lui-aussi:


L'accueil au refuge est très sympa d'autant que nous sommes seuls avec le gardien et sa femme. Ils ont accepté de garder le refuge quand même car ils ont des travaux à faire le lendemain. Nous sommes déshydratés et saoulés par les UV de la journée et nous allons apprécier l'excellente soupe du repas du soir qui fut assez frugal!

Un dernier petit clin d'oeil à la Pointe de l'Observatoire :


A 9h, nous sommes tellement crevés que nous allons très rapidement dormir. Demain le réveil est prévu pour 5h, avec cette fois-ci un départ suffisamment matinal. Nous rêvons du Dome qui nous attend ce lundi.

Texte et photos Nico Strider

lundi 5 mai 2008

Le couloir Chevalier, à la Petite Aiguille Verte

Ce dimanche, nous sommes allés avec Jo dans le massif du Mont-Blanc. Voici à quoi servent les deniers récoltés par la miss pour son anniversaire… ! Enfin ce qu’il en restait puisqu’il s’agissait d’aller tester le matériel qui lui avait été offert (piolets, sac à dos). Destination le massif du Mont-Blanc, et plus précisément la face Nord-Est de la Petite Aiguille Verte. Un esthétique couloir de presque 400 mètres à plus ou moins 50° de pente la parcourt, le couloir Chevalier (AD). Je précise que cette photo, prise du glacier d’Argentière, ne date pas de ce jour.

Réveil assez tôt, le couloir prend vite le soleil, il nous faudrait donc prendre la première benne aux Grands Montets, annoncée sur le site à 7h45 (ce qui convient très bien). Mais il s’agit de la compagnie du Mont-Blanc… ! On arrive à 7h30, on s’équipe à la bagnole avant de se diriger vers les caisses… qui n’ouvrent finalement qu’à 8h15, avec la première benne à 8h45…!!! Magouilles et compagnies, il y a 10 personnes devant nous aux caisses mais on se retrouve dans la troisième benne avec un départ à 9h15 !!! Voilà qui ne nous arrange pas vraiment puisque finalement, nous arrivons au col des Grands Montets vers 9h50 après avoir refait de la queue à l’intermédiaire de Lognan (les freeriders déguisés pour le concours du jour sont naturellement prioritaires par rapport aux alpinistes… !). Et puis ici, les gens sont toujours aussi charmants : personne ne veut nous renseigner sur les conditions et un guide nous accueille avec un charmant « oh, voilà des joueurs de tennis !». Vous l’aurez compris, nous avions pris nos raquettes (à neige…) au cas où pour l’approche !!! Certaines personnes du massif ont une drôle de manière de souhaiter la bienvenue aux alpinistes… ou alors il s’imprègnent très rapidement de l’idéologie locale puisque le guide était un pyrénéen venu faire sa saison à Cham… !!! Bref, passons, nous voici partis, vers un lieu nettement plus convivial, le bassin d’Argentière.

Il est l’heure de s’équiper, avec une heure et demie de retard donc sur l’horaire initialement prévu, et d’y aller !

L’approche ne dure que 15 à 20 minutes, ça brasse un peu par moment mais cela s’annonce relativement bien. Sauf qu’il ne faudra pas traîner, puisque nous grimpons sur une face Nord-Est… ! Nous franchissons la rimaye sans aucun problème puisqu’elle est très bien bouchée et attaquons notre progression dans le couloir.

Nous sommes seuls, c’est une relativement bonne nouvelle du point de vue de la tranquillité, mis à part qu’il faille faire la trace tout le long dans 30 à 50 cm de neige désormais bien transformée mais globalement assez portante ; le tout est très stable, aucun souci à se faire ! Nous montons à un rythme tout à fait approprié mais n’hésitons pas à apprécier le cadre enchanteur du jour.

Dans notre dos se trouvent, de gauche à droite, le Chardonnet (3824m), le glacier du Chardonnet et le col éponyme (3323m), l’Aiguille d’Argentière (3900m) avec à gauche le couloir en X (ou Whymper) et à droite le glacier du Milieu (voie normale), le glacier des Améthystes avec à son sommet le col du Tour Noir (3535m) et enfin, l’Aiguille de l’A Neuve (3753m) et tout à droite, le Tour Noir (3837m).

A notre gauche, c’est-à-dire tout au fond du bassin d’Argentière, nous voyons après le glacier des Améthystes et le Tour Noir, le glacier du Tour Noir qui est fermé par le col d’Argentière (3552m), puis les Aiguilles Rouges du Dolent avec notamment la Pointe Kurz (3680m), la Pointe de la Fouly (3611m) et l’Aiguille de l’Amône (3584m). On voit ensuite la Brèche de l’Amône (3424m) et enfin le Mont Dolent (3823m), sommet dont la particularité est d’avoir trois arêtes séparant la France, l’Italie et la Suisse, le sommet étant un point triple sur lequel les trois frontières convergent.

La progression se poursuit et il commence à y avoir de l’ambiance !

Le couloir fait un léger virage et nous voyons désormais sa sortie.

L’heure tournant, la progression continue toujours sur un bon rythme et la miss se débrouille toujours aussi bien. Elle a l’air, tout comme moi, d’être très heureuse d’être ici, vue sa mine réjouie !

Nous arrivons donc très près de la sortie et là, j’ai un grand moment de solitude ! Au lieu de suivre les traces de ski en escalier toutes gelées (donc peu agréables), je décide de passer tout droit. D’en bas, il ne semble y avoir qu’un grand pas à faire pour franchir un rocher. Mais… une fois dans le passage, je sens que ça part sous mes pieds alors que, chose imprévue, la pente s’est bien raidie ! En fait, je suis sur une grande dalle inclinée et il me faut donc traverser sur ma droite pour rejoindre le rocher dans lequel, par une escalade de 3-4 mètres, je pourrai reprendre la partie neigeuse. Impossible de prendre à gauche, un éperon me sépare des traces de ski ; impossible de redescendre, je n’ai pas envie de partir sur la dalle et de finir 300 mètres plus bas… ! Interdiction de tomber car rien ne nous retiendrait… ! Je franchis donc le passage rocheux, place une sangle et assure Jo. Ouf crois-je alors à ce moment… ! La miss se débrouille admirablement bien, elle qui n’avait jamais grimpé avec ses crampons ! Je repars donc et après quelques mètres encore bien tendus à brasser dans une soupe très peu consistante (c’est là que l’heure et demie de retard à cause de cette chère Compagnie du Mont-Blanc est regrettée…), je rejoins la partie gelée puis la demi-lune caractéristique qui marque la sortie du couloir sur l’arête Nord-Est de la Petite Verte. Relais sur piolets, j’assure Jo qui me rejoint rapidement. Et là, surprise : brouillard, grésil et vent glacial ; pour rappel, météo Chamonix annonçait juste un voile d’altitude et sinon, grand beau avec une visibilité à 40 km !!! Eh oui, mais nous sommes en montagne et la météo est plus une loterie qu’une science exacte, qu’on se le dise… !

Le sommet nous tend les bras à 30 m de dénivelé au-dessus mais on préfère descendre par prudence. Ce qui aurait du n’être qu’une formalité ne le sera pas tant que çà… ! Alors que Jo s’avance, elle glisse une fois puis deux… Je la retiens mais la somme de se retourner immédiatement et de désescalader les 50m de la face Nord sous nos pieds pour cause de glace noire recouverte par 5 cm de neige fraîche !!! Alors que je m’apprête à faire de même, un anglais d’une cordée qui descendait du sommet de la Petite Verte m’interpelle en me disant qu’il faut descendre droit face à la pente… ce à quoi je réponds qu’il y a de la glace vive et qu’ils feront comme ils voudront. Et ils posèrent un rappel… !!! Jo assure très bien et constate que ses piolets tractions inaugurés ce jour sont très efficaces. Une fois la rimaye passée, le reste n’est qu’une formalité pour rejoindre le col des Grands Montets (3233m). Voici la face Nord de la Petite Verte que nous avons descendue (prise en partant, mais descendue dans le brouillard !) :

De retour au téléphérique, fatigués mais heureux, je félicite ma chère et tendre. Elle qui n’avait jamais fait une course plus difficile que PD (le Dôme de Chasseforêt), qui a une angoisse assez prononcée du vide, qui est assez émotive et qui manque parfois de confiance en elle, la voici partie dans un couloir en AD. Rien ne s’est déroulé comme prévu, entre les conditions, la nécessité de faire la trace, le passage de mixte, le mauvais temps en haut et la glace à la descente et pourtant, elle s’est extraordinairement bien débrouillée en maîtrisant remarquablement ses nerfs et sa peur. Et dire que c’est une débutante, voilà qui ouvre de belles perspectives…!!! Bravo à elle, cette journée fut absolument géniale. Ce sont les joies de la montagne, et le privilège d’être là se mérite. Mais que la montagne est belle… !!!

jeudi 1 mai 2008

Portfolio : un printemps chartrousain


Le printemps Chartrousain, c'est à la fois le renouveau de la verdure des landes et des forêts mais aussi ce contraste avec l'austérité tranchante des parois calcaires et des neiges d'altitudes. Mélange des extrèmes, l'âme sauvage de la Chartreuse trouve son paroxysme dans les intersaisons, qui sont généralement les plus belles.

Rien de tel qu'une belle rando de 22km au départ du centre de Chambé pour tester ma forme après trois épisodes de sinusite récidivante : la montagnopathie semble le meilleure des traitements ! Direction la pointe de la Gorgeat par un itinéraire typique d'une course d'orientation de proba AMM, très diversifié et avec des nombreuses richesses visuelles que je vais vous partager dans ce portfolio.

Photos © Nicolas Bobier

Vergers de la campagne chambérienne, sur les premiers plateaux chartrousains, devant le Nivolet.


Sentier étroit dans les buis, typique de la moyenne montagne calcaire locale.


Le sel c'est vachement bon!!!


Mai : le mois des orchidées (pourpre)


Le Bec de Corbeau, contrefort de la Chartreuse


Renouveau vert-pomme de la couverture forestière dans un massif où la forêt est reine.


Landes fleuries devant la Gorgeat


Lumière printanière devant une barre marno-calcaire.


Forêt d'altitude (1000m) en tout début de renouvellement


Au fond le Margeriaz (Bauges )


Ravines marno-calcaires de la paroi nord de la Gorgeat


Mare dans les argiles à 1200m d'altitude


La neige commence, à 1400m


Au sommet, vue sur le coeur de la Chartreuse, la vallée des Entremonts


Sommets chartrousains encore bien platrés : Lances de Malissard, Dent de Crolles, Chamechaude et contreforts du Grand Som.


Vue sur la Cluse Chambérienne, 1200m plus bas, avec le Lac du Bourget


Le Granier, dans sa barre méridionale avec l'Alpette derrière



Belledonne, puissante, dans ses pures neiges, avec le Grand Morétan et le cirque de l'Oule (Grandes Lanches-Gleysin-Puy Gris)


Forêt de pinède thermophile presque méditerranéenne sur la crête entre le Pas de la Fosse et le passage de la Coche.


Vue plongeante sur les verdoyants plateaux de Chartreuse-Nord(Montagnole)


Diverses vues de la même crête, sèche en haut, et verte en bas.


L'austère et intimidante face Nord du Granier


Le Bec de Corbeau


Forêt verdoyante aux feuilles jeunes


Crête du Bec de Corbeau, Chambéry et le Lac du Bourget


Retour dans les champs du côté de Barberaz et du Mont Carmel