mardi 4 septembre 2007

Escapade à la Grande Glière

texte et photos Nico Strider
* et quelques photos de Thom


Nous voilà en train de monter sur le murets restaurés de la "route du sel et du fromage" passant par le col de la Vanoise. Nous n'irons pas jusque là, d'ailleurs. Thom travaillant avec les gens de Parc de la Vanoise, nous avons reçu un petit traitement de faveur et nous les remercions chaleureusement de nous préter les clés et de nous confier pour une nuit le chalet des Gardes du Parc, au pied du cirque de la Patinoire et du Creux Noir, au-dessus du chemin. Etape intermédiaire pour notre objectif de dimanche : La Grande Glière.

Sommet convoité depuis pas mal de temps déjà, et course réputée pour son esthétique, nous sommes donc très motivés pour aller à la rencontre de cette élégante pyramide, souvent surnommé le Cervin de la Vanoise. C'est plus par son allure en fait, car les voies, bien que de technique de progression proche, sont très différentes par l'ambiance et le style. La vue y est parait-il somptueuse.


Des nuées bourgeonnantes de fin d'après-midi cotoient les sommets marbrés du Grand Marchet et du Roc de la Valette.


La très effilée aiguille de la Vanoise, dont la face Nord à gauche est une muraille de marbre assez vertigineuse.

Et voilà le chalet des Gardes sur une butte panoramique, aux pieds de parois quartzitiques verdatres assez sévères. La vue au chalet est très large, ce qui permet aux gardes de surveiller le secteur.















Nous allons être gatés! Le chalet contient 4 lits superposés et le confort est total. Il fait déjà faim tandis que nous nous installons respectueusement. Dehors la plateforme est un peu ventée mais l'eau est facile à trouver.


Le chenal serpente dans un plan d'eau en contrebas.

Le soir arrive. Joce prend un cachet complet de somnifère juste avant le repas et quelques minutes après ce dernier, le voilà plongé dans le monde du subconscient! Nous avons du le porter jusqu'à sa couchette du haut! Thom ayant pris un demi cachet se prend la claque plus doucement. Et moi hé ben je fais la vaiselle dehors dans une brume plutôt glauque!

Il y a eu un peu de vent pendant la nuit, mais on a bien dormi.

4h40, ça sonne...lever comparativement plus agréable que d'habitude. Le petit déj tout autant.

*
Les thès fument dans les quelques 13°c dans le chalet

Dehors, merveilleuse surprise, la nuit est claire, le Soleil est réfléchi par la Lune, et l'ambiance est solennelle. Les lumières orangées de Pralo se distinguent, tandis que les quartzites du Creux Noir brillent à l'opale de la Lune.
















On voit bien le glacier de la Grande Casse.

La marche d'approche fut assez courte, prenant un sentier à flanc assez confortable. Le premier verrou pour arriver dans le cirque de la Glière est raide et nous a bien reveillé. Nous entrons, alors que le soleil se lève, dans une ambiance très minérale. Nous laissons le glacier Sud de la Glière en face et nous prenons à droite le couloir NW du Col des Schistes, dont la montée est copieuse, comme son nom le laisse présumer. En bas c'est une grosse caillasse de quartzite, en haut ce sont des schistes argileux fins croulants. On y a soufflé et purgé les gazs matinaux!

C'est avec soulagement qu'on arrive au col, dans une ambiance fraîche. La vue est prometteuse.



En face de nous (photo gauche) l'éperon du col des Schistes que nous allons remonté pour atteindre la partie supérieure du glacier de la Glière. A nos pieds à l'Est (photo droite), le glacier du col de la Grande Casse, noir en bas, dans un vallon assez austère.















L'escalade de l'éperon fut relativement agréable et peu soutenue. Je suis parti devant, à la recherche des passages, gants à la main au début. Des passages en 2 et quelques pas de 3. Sur le départ, on prend par la droite, pour trouver un dièdre avec une chaine. Ensuite on est plus côté gauche et l'escalade est ludique. Nous sommes déjà sur les quartzites : la roche est prisue, mais déroutante dans le sens ou elle est peu adhérente, avec une patine naturelle : hé oui les grains desces grès sont métamorphisés et fusionnés un peu comme du verre impur.

Le lever de soleil découpe progressivement les crêtes et réfléchit les lignes sur les belles roches de la pointe du Creux Noir.















La vue commence déjà à être somptueuse. Le Grand Roc puis les immensités planes des glaciers de la Vanoise sont saisissantes par l'espace qu'ils occupent.


Vers le haut, l'escalade devient franchement facile mais le rocher est moins bon, on remarque souvent ça en montagne, dans des zones encombrées de gélifrats. Des traces de bouquetins sont clairement visibles, ils viennent jusque là.


Nous sommes dans la dernière traversée avant l'accès au glacier, dans une ambiance assez ludique et conviviale.


Et nous voilà en vue de la puissante pyramide de la Grande Glière. Joce est surpris par la raideur de l'arête sur le haut, pourtant annoncée comme très abordable. Mais nous allons bientôt comprendre pourquoi ça passe aussi rapidement dedans.



Reste un bout de glacier à franchir, finalement assez rapide, disons un petit quart d'heure.


Le soleil débarque tandis que Joce regarde la Grande Glière.















Nous attaquons le glacier au cramponnage agréable avec une neige dure. La vue se dégage très vite tandis que nous montons la petite pente pourrie du col.















Le site du col est assez austère et minéral. Le couloir à 55° de l'autre côté est déjà bien sec. Nous y laissons crampons et piolets.


Nous voilà devant l'arête, en forme de tour se redressant progressivement. C'est une voie Coolidge/Almer, autrement deux grands alpinistes de l'age d'or. Au fur et à mesure, nous allons saisir l'intelligence du tracé d'une voie qui se découvre qu'au fur et à mesure.


C'est parti! Thom part devant en tête. Le début est assez facile et un peu détritique mais les roches deviennent très vite plus compactes.


La Lune qui nous avait éclairés cette nuit se miroite encore avec les lumineux quartzites de la Glière.















Nous voilà dans l'ambiance aérienne de la voie. Vu son allure redressée, logiquement ça pourrait être une voie soutenue, mais qu'on ne se laisse pas prendre au piège des apparences, car en faît, les quartzites, tout en étant redressés, ont une stratification horizontale remontante, créant un système de vire entrecoupées de ressauts (petits murs, cheminées) zigzaguant dans l'arête, défiant la raideur, système qu'emprunte la voie avec astuce.

On passe quand même à un moment un mur vertical mais plutôt court et prisu. Il est même équipé.


La vue depuis la voie sur les glaciers est superbes.

La voie devient de plus en plus aérienne, passant dans la face par des vires élégantes et parfois un peu étroites. Une cheminée nous attend par accéder aux parties supérieures. On imagine bien Coolidge et Almer dedans, soulier à clous, corde en chanvre etc..

Après des gradins et une rampe nous voilà sur le site le plus célèbre de la Glière, la plateforme de la Madone:















La dalle au-dessus est assez lisse et raide, enfin disons que la roche est peu adhérente sur ces prises fines, ça déroute un peu!! Deux sangles sont là, notamment pratiques pour la descente.

L'arête se fait fine, on emjambe une grosse fissure aérienne, et nous voilà dans les blocs sommitaux.

*
Victoire! Quel beau sommet assez class' pour une vue assez passionnante.
Nous sommes à 3392m.















Nous sommes en fait sur une longue arête qui va du Grand Bec (à gauche) plutôt cristallin et glaciaire, à l'Epena (à droite) marbrée, massive et très effilée, assez impressionnante.


Mais la vue la plus célèbre reste bien sur celle de la Grande Casse, hé oui, nous sommes juste en face dans l'axe du col des Grands Couloirs.















En téléobjectif sur les glaciers, nous voyons de la Dent Parrachée (à gauche) et le Chasseforêt (à droite) visité il y a à peine deux semaines. Décidemment c'est une saison Vanoise cette année!


Joce et Thom au sommet devant les dômes.















Parmi le décor alpin, nous avons au Sud (à gauche) les Ecrins (ensemble Pelvoux, Sans Nom, Ailfroide, Barre) et au Nord (à droite) le Mont Blanc.


De l'autre côté, nous voyons le fameux névé visible de Champagny-le-Haut,
suspendu dans la face.

Bon ben, faut bien descendre un jour! Je passe en dernier à l'assurage et Thom repère les passages de la montée. La descente est généralement plus délicate qu'elle est spécialement plus difficile que la montée. Dans les parties de vire, on reste quand même plus efficace qu'à la montée.

*
Thom nous a pris en photo dans le passage de la dalle, aidé de deux sangles. L'ambiance est quand même superbe.

En dessous le passage de la cheminée demande un assurage plus soigné que d'ordinaire, je passe en dernier en libre, Joce surveille en-dessous, une fois le pas délicat passé.

Reste aussi le mur, désescaladé par Thom et Joce et perso, je l'ai fait en rappel, profitant de plusieurs sangles et ayant ainsi une descente qu'on dose à sa guise, plus sûre en dernier .

Peu après la descente sur le col devient plus routinière.


Il s'agit, après une petite pause boisson, de remettre les crabes pour attaquer le glacier, hé oui, la course n'est pas finei, c'est probablement le glacier qui demande le plus de précaution et de jugement sur l'itinéaire.



On voit d'ailleurs depuis le col qu'une bonne partie du glacier est en glace (à gauche), et que l'ensemble est un peu ouvert parfois, va falloir jouer sur les rives apparemment. On dit un petit dernier coucou à l'arête (à droite) et c'est parti.

D'abord rive gauche, puis en un plat légèrement crevassé et en partie en glace, on a récupéré la rive droite. Son passage, au pied des murailles fut plus délicat, passant par des séries de névés et de glaces noires recouvertes à moitié de gélifrats, très sale, demandant un cramponnage plus attentif et appuyé. Rien d'insumontable pour des cramponneurs habitués ;-)


La partie intermédiaire du glacier déjà bien découverte.

Nous voilà au pied du glacier dans les callaisses. Le secteur est assez minéral et austère.


La vue sur l'Aiguille de la Vanoise (dont on devine la raideur par l'ombre) et les glaciers de la Vanoise est toujours saisissante.


L'instant lovage de corde avant d'entamer, pour éviter les verrous lisses, la série des chaines dans une fissure humide peu raide mais demandant beaucoup de prudence. On pourrait y encorder une personne fatiguée ou très jeune, car les dalles moutonnées sont un peu expos. Au pire on peut se vacher sur les chaînes notamment la dernière. Certaines chaînes semblent avoir disparues d'ailleurs. Après ce passage à la con, plus de soucis à l'horizon, la course est achevée!
M'enfin restent de bonnes caillasses copieuses, mais c'est pas trop long.


Nous revoilà sur le plan d'eau au pied du couloir NW du col des schistes, que nous avons emprunté ce matin, la boucle est bouclée!


La descente du verrou en-dessous titille encore les genoux.

Il s'agit ensuite de reprendre le sentier en traversée pour retrouver le chalet des gardes où nous allons nous retaurer tranquilement.


Même s'il est venté, le site du chalet est tellement joli qu'on a du mal à repartir! On fait le ménage comme il se doit et ça y est on repart sur Pralognan.

En attendant d'arriver en bas, prenons quand même la peine de jeter quelques coups d'oeil à la splendide calotte glaciaire de la Vanoise, on ne la verra plus après ;-)

Que dire de la Glière ? Que c'est une course d'un intéret quatre étoile, qu'elle est très variée, au tracé intelligent et très esthétique. En bref probablement une des plus belles que j'ai faîte dans ce niveau et/ou cet engagement.

En remerciant Thom et Joce pour la course, et les gens du Parc pour le logement !

Flâneries au Fond des Fours.

Texte et photos Sylvain Visse

Et voilà, ça devient un rite : à chaque début septembre je m'organise une petite virée solitaire en montagne. C'est une période de l'année où les charmes de la montagne sont sublimés par une luminosité très nette, moins brumeuse qu'en plein été par exemple. De plus, les rencontres se font beaucoup plus rares, mais sont du coup d'autant plus riches : le banal bonjour prend une toute autre dimension. "Que vos qualités soient bénies des dieux" dit-on ailleurs.

Voilà donc le décor "socio-écolo" planté !!

Le Fonds des Fours se situe en Haute-Tarentaise (qui n'a rien à voir avec une tarentule en charentaise, comme je le croyais jusqu'à maintenant), du bon côté de la segmentation spatiale. En gros, c'est une petit recoin paumé, qui a subsisté aux aménagements touristiques de l'espace Killy. En tout cas, c'est le paradis pour la rando d'altitude : en 2 jours, je foule 6 sommets de 3000m, quasiment les mains dans les poches (ça c'est mon TOC de toujours tâter mes clés de bagnole, ça doit être un truc phallique ou dans ce registre là)

Pour bien m'imprégner du contraste, je gare la voiture à Val d'Isère, station que je trouve finalement mieux intégrée au paysage que sa voisine Tignes. Par contre je rajoute du coup 1h de marche en plus. Après une montée efficace, j'arrive au refuge du Fonds des Fours.



Vous aurez reconnu derrière la Grande Sassière, sommet dont l'évocation m'esquisse un sourire !!

Je casse la croûte, ce qui opère un transfert de poids d'environ 10g de mon sac vers mon estomac. Du coup, direction le col des Fours et...........le Pélaou Blanc (cf article de Nico Strider lequel article n'est pas étranger dans mon choix du sommet;-). Pour le randonneur, c'est un magnifique sommet, avec effectivement un final alpin mais jamais dangereux (par temps sec).


Voici la vue du sommet sur le versant maurienne



et sur le versant tarentaise




La vue plonge et nous avec.........euhhhh, non, qu'est-ce que je raconte !!??


Je redescends au col, à 2900m et je monte faire mon 2eme sommet à 3000m, la pointe des Fours, dont l'intérêt est essentiellement panoramique. En tout cas, la vue sur le Pélaou est flatteuse:



alors que le cheminement d'accès dans cette arête est très facile. La géologie des lieux nous gratifie de ses couleurs contrastées:




Par une traversée fastidieuse dans les schistes, je rejoins mon dernier 3000 de la journée, la pointe sud de Bézin. Voici la vue sur le Pélaou et la pointe des Fours;



Je redescends au col de Bézin. La Charbonnel, une touche glaciaire dans ce monde minéral:


De là, je me laisse tranquillement glisser en direction du vaste cirque du Fonds des Fours


Après une journée de 1400m de dénivelé positif, je suis heureux de retrouver la quiétude du refuge, où je suis seul. Fatigué, je m'ouvre une petite bière "Trappiste de Rochefort", qu'un certain François m'avait vanté les saveurs. Tu parles, c'est de la bière forte, et me voilà pété comme un coin à admirer benoîtement la grande sassière, toujours elle,(enfin, là c'est le ton de l'exagération.....plus pudiquement me voilà cueilli), et je sombre sans lutter pour une bonne nuit de sommeil.

Le lendemain, objectif la pointe du Pisset, à 3033m, puis la crête de la Rocheure (2 sommets à 3025m et à 3053m). En fait ces sommets sont insignifiants, et me servent surtout de prétexte à flâner dans la charmante austérité de ces déserts d'altitude. Il serait possible de pousser jusqu'à la Sana, à 3400m, mais le rapport entre l'effort à fournir dans de raides pentes schisteuses et l'intérêt de cette rando est nul : l'ayant déjà gravie en neige, je préfère rester sur un bon souvenir. De plus, j'ai à coeur de me défaire des contraintes horaires.



Je commence par profiter de l'embrasement la Méan Martin:


Ambiance "népalisante"



Le plateau de la Rocheure s'enflamme, la montagne se révêle dans toute sa splendeur à cette heure du jour




Ambiance "zanskarisante"



Au col de la Rocheure


Après être redescendu en technique "tracto-pelle" dans les immondes pentes schisteuses de la crête de la Rocheure (notez, cette crête n'a en fait pas de nom sur l'IGN, j'aurais aussi bien pu humblement la dénommer "crête Visse", au hasard, quoi)

De retour dans les alpages, un dernier regard sur la Sana:



sur la Tsanteleina:



.....et bien sûr sur la Grande Sassière, qui domine fièrement de 2000m Val d'Isère:



Me voilà donc requinqué par cette petite retraite monacale, le retour à la société sera difficile, heureusement atténué par les retrouvailles avec Alban, Pat, Alex et Violette à Chambé !!

lundi 3 septembre 2007

Petite Incursion en Vallée d'Aspe !

Texte et Photos : HYDRA


Mercredi dernier, lors d'un déplacement (purement professionnel.....?), dans la Vallée d'Aspe, le jeu du soleil et des nuages m'a permis de prendre quelques jolis clichés.
La Vallée d'Aspe est très connue pour son côté sauvage mais sa notoriété provient également d'une actualité récurrente autour de la présence de l'ours, du franchissement de la vallée par les camions et dernièrement par l'usine Toyal implantée.
Le projet de délocalisation de cette usine a provoqué l'an passé la fameuse grêve de la faim du député béarnais Jean Lassalle.
En arrivant à Lescun
Le cadre bucolique du cirque de Lescun


Vue sur la vallée, de l'autre côté de la ligne de crête, c'est la vallée d'Ossau.


Une vallée sauvage où de magnifiques parois surgissent au coeur d'une flore luxuriante.



Les Aiguilles d'Ansabère sont le haut lieu alpinisque de cette vallée


Au fond ce sont les Aiguilles d'Ansabère : ces aiguilles représentent pour les pyrénéistes un haut lieu de l'escalade :


Gros plan sur les aiguilles

En direction du pic d'Anie



Le rocher aux vautours